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ADACIA - Association Des Amis de Crémieux Isaac Adolphe
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Texte intégral de la Conférence : Architecture religieuse monothéiste et polythéiste
2026-08-21 15:49:59

 
Et en tout cas, un grand merci d’avoir.
 
Un grand merci d’avoir accepté de venir.
 
Est-ce que vous êtes un peu fort ?
 
Je crois qu’on a, par rapport à ce qui était l’enfant, trois-quarts d’eau, je prévoyais déjà deux heures, mais il va peut-être pas, je raccourcis.
 
Je vous remercie et je vous remercie infiniment pour votre accueil. Je suis un visiteur venu à Paris, donc je découvre bien des aspects de votre belle région.
 
Là parfois, je suis venu à Saint-Gilles en Gare, c’est sur l’invitation d’un artiste qui est parmi nous, qui s’appelle Jean-Yves Bontuard. Et qui m’a recommandé à quelques organisations de Saint-Gilles, et c’est dans ce contexte que l’année dernière, j’ai été amené à présenter, donc pour la réunion de plusieurs loges du droit humain, donc un thème, une synthèse en fait, qui traitait de l’architecture religieuse.
 
J’avais tout de suite prévenu, que faire une synthèse sur un sujet aussi bas. Là ce sont les images de l’année dernière, pardonnez-moi, je vais les faire défiler assez rapidement parce que je suis vraiment parti des plus anciens temples découverts en archéologie qui sont généralement les temples du Moyen-Orient, notamment les temples mésopotamiens. Je vais m’arrêter à une image du temple d’Amouré à Karnak et donc vraiment parvenir à synthétiser.
 
Un sujet aussi large qui est donc comment l’être humain s’est-il mis à construire des édifices voués à des divinités pour ensuite qu’on soit des édifices voués à un seul lieu, au monothéisme.
 
Ça a été une tâche particulièrement ardue, donc évidemment il ne s’agit pas de faire la liste de tous les édifices religieux du monde, des années entières de cours sur le sujet ne suffiraient pas, mais plutôt de réfléchir, donc de trouver une direction qui est quelle est la signification d’une architecture religieuse, quel peut être son rôle, comment la lire, et malgré ça, les organisateurs de l’année dernière du droit humain étaient moins vigilants que vous parce qu’ils prévoyaient mon intervention et ensuite ils prévoyaient une visite guidée de l’abbatiale Saint-Gilles du Gard et finalement vers discussion, etc.
 
Mon intervention a été tellement longue que j’ai dû m’arrêter au début du Moyen-Âge, et on n’avait plus le temps de visiter l’abbatiale, ni même de prendre un verre. Alors évidemment, déjà, je félicite au passage la perspicacité des organisateurs d’aujourd’hui qui ont commencé par la visite de l’abbatiale Saint-Gilles-du-Gard ce matin. J’espère que la plupart d’entre vous ont pu en profiter, puis suivi par le repas, et même qui pousse donc la.
 
L’esprit pratique jusqu’à prévoir un pot final après ma conférence, en se disant qu’avec un peu de chance, après avoir parlé plus d’une heure et demie, j’aurais assez soif pour avoir envie d’abréger le discours et de passer à ce moment de convivialité. Donc, bravo pour cette organisation qui est absolument irréprochable. Et cependant, je reste toujours face à la même question : comment arriver à évoquer en une seule fois un sujet aussi vaste que l’architecture religieuse.
 
Là on a un peu limité le champ. En décidant de comparer, de réfléchir sur comment est née l’architecture des religions monothéistes, les trois grandes religions monothéistes et comment comprendre les grandes directions de l’architecture juive, chrétienne et musulmane. Ça va être notre direction, c’est au fond, comment et bien va-t-on construire.
 
Pour un Dieu unique et invisible, qui est évidemment le point commun entre ces trois grandes religions. Et évidemment, j’espère que, outre quelques réflexions dont vous pourrez vous servir si vous avez l’occasion de visiter.


 
Un certain nombre de ces monuments ou d’y être confronté par votre vie personnelle, par vos relations ou autre. Au-delà de ça, j’espère, compte tenu de l’actualité, que vous comprendrez un petit message subliminal qui est qu’on a régulièrement tendance à opposer ces trois religions comme étant des sources de conflits incessants. Alors qu’en réalité, si on aborde le sujet d’une autre manière, on peut au contraire parfaitement souligner leurs points communs et les réconcilier.
 
Tout d’abord, partons de la réflexion de comment va naître cette architecture monothéiste dans une mosaïque de civilisations polythéistes qui ont été à l’origine des constructions les plus spectaculaires de l’Antiquité. Si on prend le point commun entre toutes les civilisations qui ont construit des temples dédiés à leurs dieux, évidemment il y a des religions qui peuvent se pratiquer en plein air, qui peuvent se pratiquer en milieu naturel,
 
Les rituels qui se pratiquaient dans les grottes préhistoriques. En fait, là on parle bien d’architecture et pourquoi donc édifier un temple alors qu’on pourrait tout aussi bien honorer les divinités en pleine nature. Et en fait, pour nos grands bâtisseurs comme les peuples mésopotamiens, des plateaux indo-iraniens, les égyptiens, les Grecs, les Romains, etc.
 
Les temples c’étaient des maisons pour les dieux. Pour être plus précis, toutes ces religions considèrent que le monde est dirigé par un grand nombre de divinités qui peuvent avoir différentes manifestations. Elles peuvent être dans le ciel, elles peuvent être dans la nature, ça peut être des fleuves, des rivières, des arbres, des montagnes, etc. Ça peut être des animaux, ça peut être des sortes de surhumains qui vivent dans un monde qui est toujours, en tout cas, inaccessible à la condition humaine.
 
Et généralement, les maisons pour les Dieux sont des maisons destinées à convaincre les divinités de séjourner, finalement, de descendre de leur monde pour séjourner parmi les mortels. Et évidemment, dans le but que les divinités agissent en faveur de leurs croyants. Donc, évidemment, ça pourrait être des divinités de la force, de la guerre, de la fécondité, de la création, de la beauté comme Apollon.
 
On va avoir très souvent des divinités invoquées pour l’agriculture, pour la fécondité, parce qu’évidemment c’est tout ce qui est absolument vital, tout ce qui inquiète la population qui peut vivre les pires crises, si les récoltes n’ont pas été suffisantes, si on n’a plus de quoi se nourrir, s’il y a des épidémies ou autre.
 
Ce sont toujours des êtres qui vivent au-delà de la. Ils sont humaines et qu’on cherche à attirer parmi les hommes en leur construisant des maisons. Autrement dit, ce sont des maisons brutes, des temples, des religions polythéistes. Et donc les divinités vont même se matérialiser dans ces maisons, et donc je prends l’exemple célèbre des temples égyptiens, qui est que les statues qui vont donc incarner les divinités, vont être réalisées dans des matériaux très précieux, généralement en argent,
 
En argent doré, en or massif, incrusté de pierres précieuses. Et donc ces divinités vont être clairement considérées comme la matérialisation du Dieu sur terre, pour lequel on va donc construire cette maison. Et là, on va se comporter exactement comme le personnel d’un autel. C’est-à-dire qu’on accueille un Dieu parmi nous, et bien il ne s’agit pas simplement de le laisser dans son coin.
 
Il faut savoir le servir, le nourrir. Si on reçoit bien ses invités, on leur sert à manger, on leur sert à boire, on discute avec eux, on leur met de la musique, et donc ça va vraiment être cette idée : que les divinités vont s’incarner dans les temples et le rôle du clergé de ces temples, ça va être d’abord très souvent, dans différentes langues antiques, là où aujourd’hui on parle de prêtres. À l’époque, on parlait de serviteur de Dieu ou de serviteur de déesse.
 
Le clergé, c’est comme les domestiques de ces dieux qui sont là pour faire des sacrifices qui vont les nourrir. On va verser des liquides qui vont en quelque sorte les abreuver, on va chanter, on va leur réciter des prières. Ils vont même avoir la possibilité d’inviter d’autres dieux à les rejoindre dans le temple. En fait, on est vraiment dans l’idée que c’est un séjour terrestre pour des êtres surnaturels.
 
Exemple, le fonctionnement du temple de Karnak, qui est le plus grand temple solaire égyptien, il est dédié au dieu Amonré, à l’époque on est au 14e ou 13e siècle avant Jésus Christ. Vraiment le dieu soleil des Egyptiens, mais en même temps, qui joue un rôle prépondérant aussi bien dans le pouvoir du Pharaon que dans l’organisation de toute la vallée du Nil. Et donc, on va avoir un temple absolument gigantesque qui va être tourné vers le soleil levant, puisque la statue du dieu est en or, et bien ça veut dire.
 
Ah mais qu’est-ce que c’est ? Mon diaporama. Excusez-moi, ou alors je n’ai pas. Ouh là. Excusez-moi, une petite inquiétude. Je me demande si c’est le bon.
 
Voilà, je vois que. Je me demande si c’est le bon. Si c’est le bon PowerPoint qui a été affiché. Bon, en tout cas, voilà.
 
Le type s’appelle un NaOT.
 
Le terme est grec, c’est dans ce type de tabernacle, qui autrefois possédait des portes qui généralement ont été arrachées depuis. Vous voyez ces tabernacles sculptés souvent dans un bloc de granit, un bloc bien massif. C’est donc dans ces tabernacles que l’on plaçait généralement. Et pourtant vous avez corrigé tout à l’heure,
 
C’est dans ce type de tabernacle, souvent réalisé dans un énorme bloc de pierre, que l’on plaçait les statues des dieux. Or, vous savez évidemment que l’Égypte, outre le fait qu’à partir de la conversion de l’Empire romain au christianisme, a vu ses temples fermés, il y a eu énormément de guerres, énormément de pillages, et systématiquement, ces statues qui étaient en argent, en or, ont été fondues.
 
Généralement, les statues des naos, c’est toujours la grande perte pour les archéologues parce qu’on ne les retrouve jamais. On trouve toujours des niches. Il se trouve que dans les collections du Metropolitan de New York, il y a un Amon-Ra en électrum qui appartient à la basse époque égyptienne et qui a été donc miraculeusement épargné par les pillages, mais il n’est même pas complet. C’est celui que je vous ai reproduit dans mon image.
 
Oui, c’est un petit peu plus bas. On est vers la 17.
 
Merci beaucoup. Oui, en fait, cette statue ne date pas de l’apogée de la puissance égyptienne, elle date de ce qu’on appelle le bas empire, depuis la décadence égyptienne, et vous voyez, elle n’est pas complète, mais miraculeusement, le musée de New York possède cette statue, en alliage d’or et d’argent, qui nous donne une idée de ce à quoi pouvait ressembler l’ensemble des statues des temples égyptiens qui ont définitivement disparu. Par contre, imaginez ce genre de statues, dans cette niche qui était placée au fond de la perspective du temple, et de telle manière que lorsqu’on ouvrait les portes du temple, lorsque le soleil se levait, les premiers rayons du soleil frappaient la statue, qui se mettait à briller forcément.
 
Et donc, c’est là que les Egyptiens considéraient que le dieu Soleil, qui vivait loin des humains dans le ciel, était descendu des hauteurs célestes pour séjourner parmi les hommes. L’idée c’est vraiment que les temples sont des maisons pour les dieux, pour que les dieux séjournent parmi les humains et qu’ils agissent en leur faveur.
 
Cependant, la même coutume sera reprise par les Grecs, les Romains, etc. Mais après on peut se poser une autre question qui est : quelle est l’architecture qui convient le mieux à ces maisons de dieux ? Et là, je dirais que sur l’ensemble des constructions polythéistes, on pourrait un peu relever deux grandes tendances. La tendance de la très belle maison, tout simplement, on va avoir une maison typique de l’architecture de tel ou tel pays,
 
Mais dans ce qu’il y a de plus beau, si on est dans un pays où on vit surtout dans des cabanes avec une pièce collective, eh bien, ça va être une cabane plus grande que les autres, mieux décorée. C’est l’hôtel 5 étoiles, c’est vraiment la meilleure prestation que l’on puisse offrir à une divinité. La maison, comme celle des mortels, simplement, elle sera plus grande, elle sera plus belle.
 
Et puis il y a l’autre tendance, que l’on va trouver par exemple ici, dans les temples du Nouvel Empire égyptien, qui est la tendance à vouloir créer un monde vraiment idéal. C’est-à-dire, c’est ni plus ni moins que la manière dont telle population, à une époque donnée, dans un pays donné, conçoit la nature, donc quelle est sa vision de la place de la terre par rapport au reste de l’univers, et le transposer dans l’architecture,
 
Pour montrer un monde parfait, qui ne va pas être un monde désordonné, qui ne va pas être un monde peuplé de bêtes sauvages ou d’éléments naturels qu’on ne parvient pas à maîtriser, mais au contraire, un univers qui va être amélioré et mis au service des dieux. Et donc c’est le cas pour les temples solaires égyptiens, dont le pavement va représenter tout simplement l’axe central, le bord du Nil. Le pavement va reproduire les bords du Nil, les colonnes vont représenter la végétation. C’est là que vous allez voir les.
 
Les principales colonnes égyptiennes, qui ont toutes des formes d’arbres ou d’autres végétaux de la vallée d’huile. On peut voir les colonnes en forme de palmier, en forme de lotus, en forme de papyrus. On va, je pense que ce serait mieux si je vous faisais un plein écran. Exactement comme dans le cas de l’église romane, comme Saint Gilles du Gard, évidemment, avec le temps, on voit la plupart de ces colonnes complètement dépouillées.
 
On croit que les peuples anciens aimaient l’aspect de la pierre brute, alors qu’en réalité tout cela était décoré pour être encore plus riche. Et donner encore plus cette impression de monde idéal. Donc là, on a parfois la chance de retrouver, là encore, des polychromies qui montrent comment on complétait l’aspect de ces colonnes. Le sol du temple représente la terre. Les colonnes du temple représentent la végétation.
 
Le plafond du temple va représenter le ciel, mais là encore, transposé dans les visions qui étaient les visions cosmologiques, astrologiques, évidemment, des savants de l’Antiquité. Donc dans le cas des grands temples égyptiens, on a une idée de ce que pouvaient représenter les plafonds grâce aux quelques linteaux qui sont restés en place au-dessus des colonnes. Ce qui manque, c’est toujours la couverture qui se trouvait entre ces vingt linteaux, parce qu’aujourd’hui, toutes ces formes sont en ruine, et évidemment les plafonds en bois ou recouverts de dalles, c’est ce qui s’effondre en premier.
 
Aujourd’hui on voit ces colonnes à ciel ouvert, mais parfois on a des indices qui nous permettent d’imaginer comment elles étaient recouvertes. On fait des parallèles avec les plafonds très bien conservés du monde funéraire. Là il s’agit donc de la manière dont les Egyptiens vont représenter le monde céleste dans les voûtes des tombes souterraines. Et puis on a un cas, mais qui est arrivé dans l’histoire égyptienne, on a une exception, c’est celui du temple d’Hathor à Denderah,
 
Qui est un temple tardif puisqu’il date de Cléopâtre, la dernière reine d’Égypte. Ce n’est déjà plus l’époque des pharaons venus de la vallée du Nil, c’est l’époque de la domination grecque sur l’Égypte avant la domination romaine. On est seulement au premier siècle avant Jésus-Christ, donc on peut dire que ce n’est plus le temple typique de l’époque de l’âge d’or des pharaons. Malgré tout, on a quand même beaucoup de coutumes pharaoniques qui y sont reprises. Et surtout, ce qu’il a de particulier, ce temple de la Tour Ad El Merah, c’est que c’est le seul temple de l’archéologie égyptienne qui ait non seulement conservé la totalité de son plafond, mais qui ait même conservé son premier étage.
 
Et donc au premier étage, il y a une chapelle où se trouve à l’intérieur un horoscope, qui nous montre en fait l’état, la disposition des signes du zodiaque, des planètes, à l’époque où le temple a été édifié, donc on est sous Cléopâtre, autour de 50 avant Jésus-Christ, simplement, on s’aperçoit que on a un mélange entre l’astronomie grecque et la vision du ciel des enfants égyptiens, ce n’est pas ce qu’on aurait vu à l’époque des anciens pharaons.
 
Donc voilà pour résumer cet esprit qui était celui des temples de l’Antiquité. Évidemment, les temples égyptiens sont particulièrement spectaculaires. Mais si on se tourne ensuite vers les grands classiques de l’architecture antique, les temples grecs, les temples romains, et bien on s’aperçoit du même fonctionnement. Ce sont des maisons pour les dieux, donc soit des transpositions agrandies, améliorées de la maison de l’époque, soit une recréation idéale de l’univers pour le plaisir des dieux.
 
Et donc là, on a les exemples célèbres du temple de Zeus à Olympie. Évidemment, tout le monde connaît le fameux Parthénon d’Athènes. Dans tous les cas, donc évidemment, là aujourd’hui on a des colonnes et des linteaux souvent à ciel ouvert. À l’époque, tout cela était recouvert, et surtout, il y avait une chambre fermée dans laquelle se trouvait la statue réalisée en matériaux nobles, digne d’incarner la divinité dans sa maison.
 
Et en fait,
 
Ce qui va être fondamentalement différent avec le fonctionnement des épifices monothéistes, c’est que la population ne va pas entrer librement dans ces temples. Ce n’est pas comme une église où on va rentrer pour prier, où on va se réunir pour une cérémonie. En effet, dans le contexte polythéiste, c’est vraiment la maison du Dieu. Ça veut dire que qui est autorisé à entrer à l’intérieur ? Et j’en étais quand même pas naïf, au point de s’imaginer que les dieux, les déesses, les statues des dieux et des déesses allaient se débrouiller tout seuls à l’intérieur de leur maison pour faire le ménage et le reste.
 
Évidemment, ceux qui étaient autorisés à y entrer, c’était les serviteurs. Considérés comme étant les prêtres, les prêtres et les prêtresses, considérés comme étant les serviteurs des dieux. Donc en même temps, c’était eux qui allaient réparer l’édifice, s’il y avait des problèmes de stabilité, c’était eux qui allaient pourvoir à son entretien. Donc, ça veut dire que ces temples n’étaient fréquentés que par une société donc très choisie,
 
Et qui allait prendre une forte tournure politique. Parce que les gens qui ont le privilège de dialoguer avec les Dieux pour faire en sorte qu’ils agissent en faveur de la population, et bien soit ils vont former une aristocratie intellectuelle, et donc ils vont avoir un grand pouvoir sur le reste de la population, soit on va avoir carrément la divinisation des dirigeants eux-mêmes. C’est le cas du pharaon d’Égypte, considéré comme étant une divinité ayant pris une forme humaine.
 
Seuls les serviteurs des dieux ou les dirigeants divinisés entrent dans les temples, le reste de la population n’y entre pas. C’est ça qui va vraiment nous permettre d’opposer radicalement les temples polythéistes aux édifices religieux monothéistes. C’est que, quelle que soit leur dimension, les temples polythéistes ne sont pas là pour permettre, pour accueillir la population, la réunir ou lui permettre de circuler librement pour aller s’adresser aux divinités.
 
Donc, qu’advient-il pour le reste de la population ? Vous allez me dire, mais enfin, il y avait pourtant des cérémonies, il y avait pourtant des moments où le peuple se rassemblait. Et bien, ça se faisait toujours à l’extérieur du temple, autour du temple. Si on prend l’exemple d’Athéna à Athènes, il y avait des cérémonies en l’honneur d’Athéna où toute une partie de la population était autorisée à gravir les pentes de l’Acropole, mais en fait,
 
Toutes les cérémonies populaires se déroulaient à l’extérieur du temple. Très souvent, dans le contexte grec et romain, il y a devant le temple lui-même, un autel séparé, un autel monumental. Et tout simplement parce que là, ça va être les sacrifices auxquels la population pourra participer. Donc, on va sacrifier des animaux, verser de l’eau, du vin, faire brûler de l’encens, et cetera, mais devant le temple, afin que le reste de la population en profite.
 
A l’intérieur du temple, dans la maison du dieu, la plupart des gens ne peuvent pas vivre. Donc voilà ce qu’il faut vraiment retenir. Ce qui va ensuite poser problème, c’est que finalement ces édifices monothéistes tournés vers un Dieu unique et invisible ne vont pas pouvoir toujours se suffire à eux-mêmes et vont souvent faire un peu machine arrière et se tourner vers un grand nombre de modèles datant de l’époque polythéiste.
 
Tout d’abord, vous voyez ici, dans ces relevés du temple de Zeus à Olympie, qui aujourd’hui est vraiment en ruine. Il n’y a que quelques colonnes qui ont été redressées, mais l’état actuel c’est ce que vous voyez dans la photo. On a des reconstitutions et des images de synthèse. La statue de Zeus qui était en or et en ivoire, était considérée comme une des sept merveilles du monde, œuvre de Phidias. Et puis, on vous rappelle ici, dans ce petit site sur l’architecture.
 
Qui est très bien fait, quelles étaient les différentes formes que pouvait prendre un temple grec et ses déclinaisons aussi dans le monde romain. On peut dire qu’on reste dans l’idée de la maison et de la tente primitive, mais très améliorée. C’est à dire que vous avez tout simplement une très belle maison avec un toit à double versant, une pièce de vie qui est très souvent précédée par un vestibule.
 
Et comme on est évidemment au bord de la Méditerranée, vous voyez, on vit souvent avec un espace de transition entre l’intérieur et l’extérieur. On a aussi des effets de terrasse ombragée ouverte par des colonnes qui précèdent la salle fermée. Pour cela, on a plusieurs possibilités. Si on utilise vraiment les termes savants, quand on a par exemple une seule pièce précédée d’un vestibule directement ouvert sur l’extérieur par généralement un couple de colonnes, au maximum 4 colonnes, on va parler de temple imantise lorsqu’on va avoir un temple qui aura un vestibule devant, un vestibule derrière.
 
Soutenu par une colonnade, qui est dégagée, on va parler de temple prostyle. S’il y en a des deux côtés, ça va être amphiprostyle. Par exemple, la maison carrée de Nîmes, c’est un temple prostyle. Je vous rassure, on peut mener une vie tout à fait honnête sans savoir ce qu’est un temple amphiprostyle ou un temple périptère, etc. Je sais vraiment uniquement si vous voulez approfondir les questions sur ces particularités architecturales.
 
Donc on vous montre là tous les cas de figure, le Parthénon, le temple de Zeus à Olympie, qui a la colonnade qui fait tout le tour, là, est un temple périctère, une colonnade qui fait la croix. Là vous avez les principaux, vous avez les plans les plus connus. Et par contre, je vous montre quand même quelques exemples intéressants parce qu’ils vont influencer ce qui va suivre. C’est que, si on prend l’exemple du temple étrusque, qui est donc la population qui a occupé une grande partie de l’Italie avant la conquête romaine, avant d’être entièrement fondue dans la société romaine.
 
Dans le contexte étrusque, on est clairement dans le contexte de la très belle maison. Les étrusques avaient une architecture primitive très simple, c’était des toits de chaume, des maisons souvent de briques de terre cuite, mais systématiquement précédées, vous voyez, par des rangées de colonnes, et souvent soutenues par des sortes d’apprentis. Et puis surtout, ça on l’a su grâce à des urnes funéraires qui étaient destinées à reconstituer dans l’au-delà, les étrusques pratiquaient très souvent l’incinération des corps, et déposaient les cendres dans ce qui devait, en fait, reconstituer la maison que le Destruin avait occupée de son vivant.
 
C’est comme ça qu’on a eu l’idée, donc grâce à ces urnes incinéraires, on a des sortes de modèles réduits de la maison étrusque. Et voilà ce qu’on a pu en déduire, c’est qu’en fait ces maisons étaient faites d’une manière assez simple, mais avec cette particularité, qu’il y avait toujours une ouverture sur le toit, pour permettre l’évacuation de la fumée du foyer. Ce qui veut dire que ça servait de cheminée tout simplement.
 
Le tout va donner, transposer dans la pierre, où on va avoir des colonnes comme chez les Grecs, mais avec un fronton non pas orné de bas-reliefs, mais entièrement ouvert, donc faisant une sorte de fenêtre d’ouverture, vous voyez, pour représenter ce qui était autrefois l’évaluation de la fumée. Le temple étrusque est clairement dans cette idée qu’il s’agit de ce qui était la plus belle maison, la maison la plus chic aux yeux de la population, et qu’on va dédier aux dieux.
 
Mais il y a des cas aussi où les divinités ne sont pas représentées sous forme de statues. Et donc, c’est quelque chose qu’on va beaucoup observer par exemple chez les Romains, par exemple, dans le cas de la déesse du foyer Vesta, qui va donc, dont les prêtresses s’appelaient les Vestales, et bien, la déesse qui généralement présidait à la famille, à la fécondité, à la descendance, et cetera. Et bien, Vesta s’incarnait sous la forme d’un feu.
 
Tout simplement, évidemment, là encore, on renoue avec l’idée qu’il y a famille égale foyer au sens propre. C’est-à-dire que chaque unité familiale se regroupe autour du feu. Et donc, c’est sous forme de flamme que Vesta s’incarnait parmi la population romaine. Et donc, voilà ce qui reste sur le forum romain du temple de Vesta, temple circulaire, pas du tout composé comme ce qu’on a vu avec les temples grecs, il s’agit donc vraiment d’une rotonde, et quand on regarde l’intérieur, vous voyez, ça ce sont des briques réfractaires.
 
Tout simplement, ce temple à l’intérieur, c’était comme un four, parce que la déesse apparaissait sous forme de feu. Si on laissait s’éteindre le feu, il fallait l’entretenir jour et nuit. Si le feu s’éteignait, c’était la catastrophe, parce que ça voulait dire qu’on laissait partir la déesse Vesta qui présidait évidemment à la fécondité et à la descendance des familles.
 
On a toujours quelque chose de très concret pour, évidemment, j’ai voulu un peu faire un clin d’œil à la région, en montrant une reconstitution de ce à quoi ressemblait probablement l’environnement du temple de Nîmes. Il s’agit d’un culte impérial qui, aujourd’hui, quand on parle des empereurs romains, on fait la distinction entre les empereurs romains comme personnages historiques et des divinités comme Jupiter, Junon, Vénus, etc.
 
Comme étant des figures mythologiques, parce que nous avons un esprit beaucoup plus rationnel. Dites-vous bien qu’exactement comme chez les Égyptiens, le pouvoir politique est régulièrement divinisé chez les Romains. Et donc, on va en fait, l’empereur lui-même, un certain nombre de sa famille, être considérés comme des dieux ou des déesses. Ce qui veut dire, à partir du moment où des êtres humains de chair et d’os sont divinisés, ça veut dire qu’ils vont se comporter.
 
Comme Jupiter ou comme Junon. On pourra leur relever des temples. Il faut pas s’étonner si on élevait des temples à Jules César ou des temples à l’empereur Auguste. C’était en fait, on leur vouait le même culte que aux dieux. Et donc dans le cas de Nîmes, vous savez en fait ce sont les deux héritiers, les deux petits-fils d’Auguste, qui décédés prématurément, étaient en fait divinisés et honorés dans la cella du temple, qui est la seule cella intacte qui nous soit parvenue dans les temples romains.
 
Et tout autour, une grande place commerçante, le Forum, le cœur de toute cité romaine. Et le prolongement du forum, ça va être une basilique. Et c’est là que vous allez comprendre comment s’est fait le passage de ces lieux réservés aux serviteurs des Dieux, à un lieu public, où la population va pouvoir honorer une divinité invisible.
 
C’est qu’chez les Romains, les basiliques ne sont pas des bâtiments religieux. Les basiliques, c’est ce qui est reconstitué ici, à l’emplacement des maisons qui sont aujourd’hui derrière ce qu’on a appelé à partir du 16ème siècle, la Maison Carrée de Nîmes, mais ce qui était bien évidemment un temple lié au culte impérial. À l’emplacement des maisons qui sont aujourd’hui derrière le temple dit de la Maison Carrée, on vous a reproduit un bâtiment qui est formé, qui est en trois parties.
 
Souvent sur deux niveaux, avec à l’extérieur de belles rangées de colonnes, ces bâtiments étaient des lieux de repli pour les assemblées qui se faisaient habituellement sur les places publiques. Evidemment les Romains sont partis de la Méditerranée, donc habitués à vivre dans les pays qui sont ensoleillés la plus grande partie de l’année, mais même en Méditerranée, vous savez bien que l’on peut subir toutes sortes d’intempéries, ou même voir s’abriter des chaleurs excessives.
 
Et donc énormément de choses se faisaient en plein air. Les tractations commerciales, les jugements, les assemblées, les cérémonies religieuses, puisque la population n’était pas autorisée à entrer dans les maisons des dieux. Mais quand une cité était prospère et bien organisée, la place publique avait un développement couvert qui permettait à ces assemblées de se replier s’il y avait des intempéries, s’il y avait de la pluie ou s’il faisait trop chaud.
 
Et c’était ça qu’on appelait des basiliques. Tout simplement parce que le terme est apparu plus tard sur le modèle des édifices fondés par les empereurs qui, en grec, s’appelaient les basileus. Donc ces basiliques, c’étaient tout simplement des monuments publics et pas du tout des monuments religieux. Et voilà justement comment s’organise une basilique. Tout autour de ce qu’on appelle aujourd’hui le forum romain, si vous avez la chance d’aller à Rome, on appelle le forum romain, parfois on l’indique au pluriel, les forums romains.
 
C’est toute la partie qui se trouve aujourd’hui entre la colline du Capitole et la colline du Palatin où se trouvait la résidence de l’empereur romain. Et donc, tout cet espace plat était vraiment à ciel ouvert. C’était la grande place publique où les réunions les plus importantes se déroulaient, où on a vu parler des orateurs comme Cicéron. Et évidemment, pour servir de lieu d’abri, de lieu de repli, et bien en fait, cet espace public s’est de plus en plus réduit.
 
Pour ne plus devenir que quelques rectangles entourés, vous voyez ces édifices à colonne entièrement ouverts sur l’extérieur et à l’intérieur, ça donnait ça. Alors qu’aujourd’hui, pratiquement toutes ces basiliques sont en ruine. Très rare qu’on ait conservé jusqu’au niveau du linteau. Mais ici vous avez la reconstitution des basiliques qui entouraient le forum de Rome. Ici vous avez la reconstitution du fameux forum, encore un décalage de texte, du fameux forum avec la basilique de Pompéi, et à l’intérieur c’est donné ça.
 
C’était vraiment une grande galerie centrale, avec deux galeries latérales, tout ça communiquant par des grandes colonnes, et donc en fonction, comme une sorte de grande salle polyvalente. En fonction de l’usage qu’on voulait en faire, on pouvait dresser des rideaux entre les colonnes pour séparer des réunions, par exemple si on voulait en faire un palais de justice. La justice, surtout la justice civile. Si un juge doit arbitrer entre deux héritiers, entre deux plaignants, eh bien, elle se faisait d’abord en plein air.
 
Et donc, avec la multiplication de ces basiliques, on va dresser des rideaux entre les colonnes et ça va aménager comme des petites chambres de justice où plusieurs jugements pourront être rendus en même temps à couvert. Et donc dans le même esprit, ça pourra aussi servir de bourse du commerce, ça pourra servir pour des assemblées extraordinaires présidées par un représentant du pouvoir impérial. Donc à l’origine, l’usage de la basilique est vraiment laïque.
 
Dans un premier temps, les Romains ont persécuté les chrétiens, qui étaient une véritable menace pour les fondements mêmes du pouvoir romain, puisque il fallait renoncer à toutes les divinités antiques pour les remplacer par un Dieu lui qu’on ne voit pas et qui s’est incarné dans la figure du Christ. D’abord, les chrétiens sont évidemment persécutés, les martyrs, et cetera, et au 4e siècle après Jésus-Christ, l’empereur Constantin.
 
Va mettre fin à ces persécutions, dans un premier temps, en autorisant le culte chrétien, puis en se convertissant lui-même au christianisme, et après lui, en 392, Théodose donc va déclarer le christianisme religion officielle de l’Empire Romain, au détriment de toutes les autres. Et c’est vraiment là que les temples égyptiens, grecs, romains, etc., ont complètement abandonné leur fonctionnement polythéiste pour désormais être remplacés par des églises chrétiennes.
 
Et là, c’est là que ces bâtimiques, qui étaient à l’origine des bâtiments de réunions publiques et laïques, vont devenir des bâtiments religieux. Ici, je vous montre un exemple typique, qui est l’église Saint-Clément de Rome. C’est une petite église qui se trouve entre le Colisée et le Latran. On est vraiment à proximité du centre historique de Rome.
 
Et cette église, dans un premier temps,
 
Il s’agissait, ce qu’on a retrouvé dans l’état actuel des fouilles archéologiques, d’abord on a découvert que c’était un quartier très commerçant, et que c’étaient des rues qui étaient entourées de boutiques, des boutiques de potiers, de marchands d’alimentation, de tissus, etc. Sur ces deux côtés. Et ça fait partie des rues qui ont brûlé pendant le grand incendie de Rome sous Néron. Tout ça a été remblayé, remplacé par un temple. Un temple voué au Dieu Mithra, venu d’Asie.
 
Et avec la conversion de l’Empire Romain au christianisme, on ferme le temple de Mithra, et là-dessus, on réalise une basilique qui n’a même pas la forme d’une croix. On se dit traditionnellement qu’à l’édifice chrétien, ça a la forme de la croix du Christ. En fait, regardez, là on a une cour entourée d’une colonnade. Ce serait en fait, on aura l’occasion de revenir sur ce type de schéma. Et d’abord la basilique, ça va être en fait une grande galerie centrale se terminant par une abside.
 
L’abside, c’est tout simplement ce demi-cercle où généralement on va placer un trône, celui qui sera le président de la Réunion, ce sera l’emplacement le plus prestigieux de la Réunion. Donc, on a une cornée centrale affairée par la Merpside, qui communique par des rangées de colonnes avec deux galeries latérales. Vous voyez, on n’a même pas reproduit la croix du Christ, on s’est tout simplement basé sur les basiliques romaines dont on a fait une basilique chrétienne.
 
Parce que tout simplement, oui. Vous pouvez faire un parallèle à quelque sorte de Salomon par exemple? Eh bien justement, vous voyez.
 
Donc, désormais, il ne s’agit plus de représenter la statue d’un dieu qui ne sera visité que par des traîtres et des prêtresses, que par ses domestiques. Il s’agit de réunir toute la population. Et donc, à chaque fois, les édifices, les églises chrétiennes vont être proportionnels aux pèlerins qu’elles accueillent, par leur dimension, par leur distribution, ou par le quartier ou la cité qu’elles desservent.
 
Les églises paroissiales jouaient le rôle que joueraient aujourd’hui nos mairies, nos préfectures, etc. Ce n’est pas uniquement des endroits où on vient prier, ce sont des lieux qui désormais sont au cœur de la vie sociale. Donc en même temps, ce sont des lieux d’enseignement, ce sont des lieux où on va encadrer la population, ce sont en plus de la dimension spirituelle. Donc c’est là vraiment où vous pouvez radicalement opposer le fonctionnement du temple païen à l’église chrétienne, c’est que d’un côté,
 
Evidemment, c’est voué aux Dieux et à une société qui est intermédiaire entre le pouvoir divin et le reste de la population. Dans l’autre, merci beaucoup. Dans l’autre, j’ai compris le petit message symbolique, je sais que vous communiquez beaucoup par symboles, c’est qu’en me servant un verre d’eau, vous me rappeliez en même temps que nous sommes la porte tendue pour.
 
J’ai bien compris que je devais laisser de côté quelque chose de mes configurations. Vous avez compris qu’en fait, la différence est là. C’est qu’on passe d’un monument où les divinités prennent une forme matérielle et où très peu de gens seront autorisés à entrer, à un monument dont la vocation est de réunir tous les croyants, de réunir toute la population. Mais reste la question fondamentale, et c’est justement ça qui sera ma transition vers le Tabernacle de Moïse et le Temple de Jérusalem.
 
Si j’avais respecté la chronologie, c’est effectivement ce que j’aurais évoqué avant d’évoquer l’église chrétienne. Vous allez comprendre pourquoi. J’ai d’abord parlé du passage. Des temples romains aux basiliques chrétiennes. Aujourd’hui, on parle de basiliques paléo-chrétiennes quand on parle des premières églises autorisées par les Romains. Pourquoi j’ai préféré commencer par cela ? C’est parce que la question qui reste posée, évidemment d’accord, on passe d’une maison fermée, privilégiée, avec donc toute cette idée qu’il faut plaire aux dieux, on est dans le surnaturel,
 
À quelque chose de beaucoup plus pratique et beaucoup plus accessible, qui est maintenant, on veut, un édifice qui réunisse tous les croyants d’un lieu donné. Jusque là on est d’accord. Mais il reste une grande question, et c’est la raison pour laquelle on ne pourra pas complètement opposer l’architecture païenne à l’architecture monothéiste. C’est que cette population doit se réunir autour d’une même croyance bien sûr, qui est celle en un Dieu qui a toujours existé, qui existera toujours, qui est présent partout, qui est infaillible, qui est créateur de tout l’univers, mais qui est invisible.
 
Et comment cette population peut-elle arriver à s’adresser à une telle entité, comme on s’adresse à un être humain ? Comment peut-on s’adresser à un tel Dieu puisque Dieu, aussi bien dans la définition juive que dans la définition chrétienne que dans la définition musulmane, Dieu, il est aussi bien dans la terre sur laquelle on marche que dans la nature qui nous entoure, que dans un monde inaccessible à la condition humaine.
 
Il est partout. Comment arriver à donner un point d’ancrage à ces réunions, ces réunions de fidèles ? Et évidemment, c’est là la grande question qui se pose, car dans le deuxième livre de la Bible, le livre de l’Exode,
 
Les cinq premiers livres de la Bible, si vous ouvrez une Bible, les cinq premiers livres communs à la religion juive et à la religion chrétienne, donc c’est ce qu’on appelle en hébreu la Torah, c’est ce qu’on appelle en grec le Pentateuque, et donc le deuxième livre de la Torah ou du Pentateuque, c’est le livre de l’Exode qui raconte le début de l’histoire de Moïse. Et dans le livre de l’Exode, on va trouver les 10 commandements, et dans les 10 commandements, il y a clairement : « Tu n’adoras pas d’idoles ». Et ça, c’est vraiment le grand point, soit de rassemblement, soit de division entre tous les monothéistes.
 
« Tu n’adores pas d’idoles » est clairement dirigé contre l’ensemble des religions polythéistes dont je viens de vous parler. En effet, hors de question de considérer que Dieu, c’est une flamme, c’est un animal ou c’est une statue. Justement, il faut être complètement à l’opposition, à l’opposé de ce que faisaient les Grecs, les Romains, les Égyptiens, les Mésopotamiens, etc. Donc, Dieu est partout, et donc il ne faut surtout pas se prosterner devant une image qui est censée être représentée sous une forme humaine ou sous une autre forme.
 
Tu n’adoras pas l’idole. Et là, quand même, ça pose un problème. Parce que comment s’adresser à une divinité qui est absolument partout ? Comment finalement converger vers un même point ? Et là, finalement, on va être obligé, d’une façon ou d’une autre, de se rapprocher d’une pratique plus ou moins idolâtre. Évidemment, c’est tout de suite ce à quoi on pense. Quand on se dit, mais bien que dans les 10 commandements, écrit ‘tu n’adoras pas d’idoles’, vous entrez dans une église chrétienne, du moins en Occident.
 
Vous voyez régulièrement les gens prier devant les statues de la Vierge, devant les statues des saints. Ah bon, Saint Gilles du Gard possède un grand nombre de statues avec des cierges. Donc, en fait, on se rapproche énormément par là de ce qu’on a dit des pratiques polythénistiques, de prier devant une statue. Ça va vraiment poser problème. Et c’est là que je rebondis sur la suite de l’exode, c’est après avoir dicté la loi à Moïse sur le mont Sinaï, et bien Dieu va revenir à Moïse de constituer un espace sacré, mais dans un contexte où les Hébreux sont sortis de l’Égypte, où ils avaient été réduits en esclavage, donc Moïse a libéré le peuple hébreu d’Égypte,
 
Ils sont en route vers la Terre Promise que finalement Moïse n’atteindra pas, et ils sont des nomades désormais, ils sont dans les zones désertiques qui sont entre l’Égypte et la Palestine. Donc ce sont des itinérants, une itinérance dont la Torah nous dit qu’elle a duré pendant 40 ans. Et donc, cette maison qui va être à part, car elle sera là pour rassembler le peuple qui voudra signer une alliance avec Dieu, et prier Dieu, honorer Dieu.
 
Cet espace, qui est un espace sacré, se rapproche de la définition du sanctuaire ou du temple païen. Cet espace, il faudra en même temps le déplacer au fur et à mesure que le peuple se rapprochera de la Terre Promise. Pour cela, le livre de l’Exode va dire que la voie même de Dieu s’est adressée à Moïse en lui demandant de délimiter un terrain, mais évidemment avec des matériaux qui pourront être démontables et transportables.
 
Et là, si je vous fais une citation de ce passage de l’Exode, pardonnez-moi. Vous allez donc.
 
Moïse va édifier ce qui est appelé en hébreu une mishkan, qui peut avoir plusieurs traductions possibles, demeure, tente, etc. Et qui sera traduit en latin par le terme « Tabernaculum ». C’est ce qui est à l’origine de notre mot tabernacle, important pour la suite. Le livre de l’Exode nous dit qu’il va être réalisé en bois d’acacia recouvert d’or.
 
Acacia, pas acacia, tout à l’heure m’avait dit que facilement on pouvait être envoyé d’un autre, mais c’est peut-être lié. Donc, en bois d’acacia recouvert d’or, sur des socles d’argent, on précise même les mesures dans les termes de l’époque, il sera large de 10 coudées, haut de 10 coudées et long de 30 coudées. La coudée, d’une époque et d’une région à une autre, elle peut être approximativement au-dessus ou en dessous de 50 cm.
 
Donc voilà comment on va décrire. Cette sorte de cabane, avec une charpente de bois recouvert d’or. Je ne vous lis pas de texte parce qu’il est assez long, mais on va préciser qu’elle va être recouverte de peaux de bêtes traitées. Et puis, autour, on va délimiter tout un sanctuaire avec simplement des colonnes qui vont être reliées entre elles par des toiles.
 
Au fond, on est à mi-chemin entre la tente du nomade et déjà un édifice en dur, ressemblant à une chapelle. Et à cela, le livre de l’Exode nous dit que Dieu va donner ordre à Moïse de faire réaliser un certain nombre d’objets qui vont vraiment sceller l’alliance entre Dieu et les humains. Ces objets vont être, à l’extérieur, un autel de sacrifice, recouvert, un bassin d’impulsion.
 
À l’intérieur, c’est ce qu’on a dans le plan ici, on décrit que la tente sera divisée en deux parties, une grande qu’on appelle Saint, une petite partie qui s’appelle Saint des Saints. C’est devenu proverbial, quand on dit qu’on est dans le Saint des Saints, ça veut dire qu’on est dans la partie la plus confidentielle, la plus privilégiée, la plus privée. Donc le Saint et le Saint des Saints, qui sont séparés là encore par de simples colonnes de bois recouvertes d’or, et qui vont en fait être reliés par un voile.
 
Il y a un simple voile qui sépare ces deux parties. Dans le sein, on va avoir une table supportant les pains qu’on appelle les pains de proposition, qui sont en fait les pains offerts pour nourrir le clergé. On va avoir le fameux chandelier à 7 branches, un des grands symboles du judaïsme. Ce sera la seule source d’éclairage car il n’y a pas de fenêtre. Le chandelier à 7 branches avec ses 7 lampes va permettre d’éclairer l’intérieur. On va également avoir un autel pour brûler de l’encens.
 
Et puis dans le Saint des Saints, on va placer l’Arche d’Alliance, dans laquelle on a déposé notamment les fameuses tables où Moïse a inscrit la loi dictée par Dieu. Alors, toujours selon le texte de l’Exode, l’ensemble de la population pourra ainsi se réunir autour de cette cabane ou tabernacle.
 
Le Saint, lui par contre, est vraiment un lieu où ne peuvent entrer que ceux qui sont les mieux formés à connaître la loi de Dieu et à diriger la prière. Donc on peut dire que la première partie c’est pour le clergé et le Saint des Saints où se trouve l’Arche d’Alliance, seul le chef des prêtres sera autorisé à y entrer et une seule fois par an, le jour qui correspond à la fête de Kippour.
 
Donc, vous voyez l’idée, à partir de ce texte de l’Exode, on va avoir une idée selon laquelle, pour honorer Dieu, il faut un espace capable de rassembler tout le monde, mais sur cette population, on aura une population, un pourcentage plus réduit qui lui va entrer dans le saint, et on aura une seule personne qui, une seule fois par an, sera autorisée à entrer dans le saint des saints.
 
À partir de ce modèle-là, le tabernacle de Moïse, en même temps, évidemment, vous savez que le tabernacle a une autre forme dans la religion chrétienne, c’est l’armoire où on va ranger les hosties et le vin de l’Eucharistie. Donc ce tabernacle va être voué à une certaine postérité, puisque on vous dit que ce n’est pas le terme hébreu, mais c’est le terme en latin, et l’étymologie du tabernaculum latin,
 
On se rend compte que c’est le même que le mot, c’est la même étymologie que le mot « taverne ». Au départ, il y a le latin « taberna » qui désignait en fait une demeure modeste, type « hut », « cavale », et donc les Romains souvent désignaient sous ce terme de « taberna, tabernae » des endroits, des lieux de réunion qui étaient plutôt des lieux de réunion assez modestes, assez populaires, d’où le fait que « taberna » donnait « taverne ». Et le tabernaculum, puisque c’était essentiellement des structures en bois destinées à être déplacées, est en fait le terme qu’on a choisi pour traduire le terme hébreu désignant la demeure que Moïse avouait à Dieu.
 
Par là même, vous comprendrez pourquoi parmi les blasphèmes anciens, parmi les choses qui étaient formellement interdites par l’église, il y avait le fait de jurer sur le tabernacle. Et vous savez peut-être qu’un certain nombre de pays francophones, qui aujourd’hui fonctionnent comme des vrais conservatoires de la langue française, bien loin de la métropole, je pense notamment au Québec, où encore aujourd’hui, on connaît le juron Tabernacle, qui était venu initialement des colons français du XVIIe, XVIIIe siècle.
 
Pourquoi ce juron a-t-il disparu de la France métropolitaine ? Tout simplement parce que la révolution française est arrivée là-dessus, a sécularisé l’enseignement, a contribué à déchristianiser évidemment d’autres pays, et par là même les jurons. Parce que si on regarde bien les jurons les plus répandus avant la révolution, c’était les blasphèmes. Tout ce qui consistait à jurer sur Dieu, sur le sang de Dieu, etc. Quand même on a essayé de tempérer le nombre de blasphèmes, de remplacer le nom de Dieu par bleu, comme ça quand on jurait par le sang de Dieu, ça ne donnait pas de sang bleu, ou que ça a donné « Sacré bleu », etc.
 
Donc en fait, la plupart des jouants anciens, c’était des blasphèmes, donc des choses contre la religion. Avec la réduction du pouvoir religieux et la déchristianisation, comme vous le savez, en France métropolitaine, on a eu plutôt tendance à privilégier ensuite les girons à caractère scatologique ou sexuel. Mais dans d’autres régions francophones, des blasphèmes ont été conservés. Et donc, c’est comme ça qu’encore aujourd’hui, les Québécois disent encore « Tabernacle » sans forcément savoir quelle est l’origine.
 
Je reviens maintenant sur ce tabernacle de Noïse qui était voué à un peuple hébreu qui était encore nomade, à la recherche d’une terre où il pourrait enfin s’implanter durablement. Évidemment, par manque de temps, je peux vous raconter toute la Bible, donc pour faire court. Cette terre, après l’époque de Moïse, ils vont finalement s’y établir. Le texte biblique nous dit que cela prendra 4 siècles au total avant que Salomon, fils du roi David, parvienne à construire en dur une ville qui va abriter tout son peuple.
 
Cette ville, ce sera Jérusalem. Au centre de Jérusalem, Salomon va cette fois-ci construire en dur ce qui était autrefois le tabernacle de Moïse. C’est normalement ce qui devient le fameux temple de Salomon, le temple de Jérusalem, dont l’élément le plus précieux, et voilà, je me suis permis de vous apporter quelques images cinématographiques pour revenir sur la définition de l’Arche d’Alliance.
 
L’Arche d’Alliance, c’est ce que recherche Indiana Jones dans Les Aventuriers de l’Arche perdue.
 
Je vous rappelle que Steven Spielberg est né dans une famille juive américaine. C’est quelqu’un qui connaît très bien ses classiques et qui connaît bien le texte de la Torah. C’est pourquoi, malgré quelques petites invraisemblances dans le film, sa reconstitution de l’Arche d’Alliance est plutôt bien faite. Car elle est exactement comme le décrit le livre de l’Exode, c’est-à-dire un coffre recouvert d’or avec 2 passants de chaque côté, recouvert de ce qui est qualifié en hébreu de keroub, de ce qui a été traduit par des chérubins.
 
À chaque fois, on hésite entre des créatures, des créatures chimériques ou des anges dont vous voyez, qui vont tendre leurs ailes au-dessus du couvercle du tabernacle. Et donc normalement, à l’intérieur, on a un peu de la manne qui est descendue du ciel sur autour de Dieu, et surtout les tables de la loi de Moïse. C’est ce qu’il y a de plus précieux en provenance du fameux tabernacle de Moïse. Et donc là, Salomon va reproduire dans le saint des saints de son temple, c’est là qu’il va déposer cette fameuse Arche d’Alliance.
 
Comprons-nous bien le terme d’arche, c’est un problème d’étymologie. Le mot français « arche » vient de deux mots latins qui se ressemblent beaucoup. Le latin « arcus » qui désigne un arc pour tirer des flèches, ou une forme arquée, qu’on retrouve dans l’Arcade, dans l’Arc de Triomphe, etc. Et le latin « arca » qui n’a rien à voir et qui désigne un coffre. Ici il s’agit du coffre, il ne s’agit pas de la forme arquée.
 
C’est la même chose qui désigne le refuge entièrement en bois colmaté dans lequel Noé va s’abriter du déluge, l’Arche de Noé, l’Arche d’Alliance. Ce sont des coffres, ce ne sont pas des formes arquées. Tout simplement, problème de traduction, d’évolution, de deux mots latins qui ont donné le même nom français : arca et arcus. Donc voilà, vous rappelez, évidemment, que c’est bien l’Arche d’Alliance que cherche Indiana Jones dans le film, si vous ne voulez pas prendre la peine de relire le texte biblique.
 
Et maintenant, si on s’intéresse au temple de Salomon à Jérusalem, selon la chronologie biblique, il daterait du 10e siècle avant Jésus-Christ. Et nous avons en fait une description très précise dans le premier des livres des Rois de la manière dont Salomon, d’abord il y a la description de la ville même de Jérusalem, du palais de Salomon, de la disposition des bâtiments qu’il fait construire, souvent sur plus d’une décennie.
 
Et puis donc vous avez dans le livre des Rois toujours la description avec même les dimensions de comment Salomon va édifier le temple où il va déposer le trésor en provenance du tabernacle de Moïse. Là encore le texte est assez long, je ne vous en lis que quelques extraits, mais un extrait qui va certainement intéresser ceux qui connaissent les symboles maçonniques. Le roi Salomon fit venir Hiram de Tyr, fils d’une veuve de la tribu de Néphthalim et d’un père tyrien qui travaillait sur l’airain.
 
Hiram était rempli de sagesse, d’intelligence et de savoir pour faire toutes sortes d’ouvrages d’airain. Il arriva auprès du roi Salomon et il exécuta tous ces ouvrages. Il visita les 2 colonnes. La première avait 18 coudées de hauteur, et un fil de 12 coudées mesurait la circonférence de la seconde. Ensuite, il décrit très en détail ces deux colonnes. Finalement, il vit que la colonne de droite fut appelée Yakin, et la colonne de gauche Boaz.
 
Ensuite, il va décrire la totalité du temple, et donc, comme évidemment aujourd’hui sur le plan archéologique, il ne reste rien du tout, et bien on va essayer de la reconstituer à partir du texte. Et donc le texte me suggère ceci : ces deux colonnes d’airain, alors là aussi problème de traduction de l’airain, car très souvent ça a été l’ancien nom du bronze. Mais en fait, il arrive aussi que l’airain désigne le cuivre seul ou le laiton, donc en fait, le terme d’airain dans l’Antiquité peut désigner aussi bien le cuivre que les alliages de cuivre, et c’est assez ambigu.
 
On suppose quand même qu’il s’agissait de deux colonnes de bronze. Qui donc précédait le vestibule du temple, lui-même précédant une salle qui allait reproduire en dur ce qui provenait de la tente de Moïse. Et là, on va retrouver le chandelier à 7 branches, la table pour les peintres en position, l’autel brûlant de sens. On va même, selon le texte du livre des rois, démultiplier les chandeliers à 7 branches pour éclairer les deux côtés de la salle,
 
Et toujours, on va avoir un voile qui va séparer le Saint du Saint des Saints, où on va déposer l’arche d’Alliance.
 
Beaucoup de gens ont essayé d’imaginer à l’extérieur à quoi pouvait ressembler l’architecture du temple. Là on a une reconstitution à travers une gravure de la Renaissance, mais la tâche de la reconstitution de l’architecture extérieure est plutôt ardue. Car selon les textes mêmes de la Bible, ce temple sera détruit très tôt. Salomon, on le situe vers le 10e siècle avant Jésus Christ, mais dès le 7e siècle avant Jésus Christ, donc 3 siècles seulement plus tard, Jérusalem est prise d’assaut par les Babyloniens.
 
Le fameux roi de Babylone Nabuchodonosor, vous savez qui a inspiré par exemple l’opéra de Nabuchod, c’est l’abréviation de Nabuchodonosor, Nabuchodonor dit, les Hébreux qui vont donc chanter le chant de la liberté. Nabuchodonosor, roi de Babylone, pille Jérusalem, emmène toute la population en esclavage jusqu’à Babylone et va détruire le temple de Salomon que désormais on appellera le premier temple.
 
Et donc à partir de là, vont s’enchaîner des livres prophétiques qui vont dire que si ce temple a été détruit, c’est tout simplement parce que le peuple hébreu n’a pas respecté son alliance avec Dieu, n’a pas respecté la loi de Moïse. Et que lorsque viendra le Messie, le peuple se réfugiera dans une nouvelle Jérusalem, mais celle-ci ne sera plus une Jérusalem terrestre construite de pierre ou de bronze, ou de briques ou autre.
 
Oui.
 
Évidemment, là vous me demandez d’accélérer.
 
Je demande au reste du public qui est très calme, très attentif, je vous en remercie. Est-ce que jusqu’à présent vous avez trouvé ce que je vous ai dit clair ? Est-ce que vous avez réussi à suivre ? D’accord, très bien. Alors, je vais évidemment… Je comprends votre impatience et le problème, c’est comment résumer en quelques minutes ce qui s’est déroulé sur plusieurs siècles.
 
Ce n’est pas évident du tout. Là, on fait un parcours. Temple de Carmiak, on était au 16e siècle avant Jésus-Christ. Vous voulez que j’arrive au 13e siècle après? Je sais bien qu’on a l’habitude, avec les températures, de faire des grands écarts en ce moment et de passer facilement du négatif. Mais quand même, c’est quand même un exercice qui n’est pas toujours évident. On va quand même y arriver. Le temple de Jérusalem a été détruit deux fois.
 
Une destruction très ancienne, impossible à reconstituer en archéologie, puisque c’est la destruction babylonienne du 7ème siècle avant J.-C. Ensuite, ici, encore une fois j’essaie de faire court, après l’épisode babylonien, Jérusalem, les Hébreux vont retourner à Jérusalem, mais là, ils vont subir successivement la domination assyrienne, la domination perse. Les Perses ont été vaincus au 4ème siècle avant notre ère par Alexandre le Grand, qui va donc placer des souverains grecs en Asie,
 
L’un d’entre eux, qui s’appelait Séleucose, va donc régner sur le Moyen-Orient à travers une dynastie royale séleucide, dont un représentant a été vaincu par la révolte hébraïque digne de la famille Asmonéenne, 2ème siècle avant Jésus-Christ. Pour la première fois depuis l’époque perse, les Hébreux parviennent à retrouver l’indépendance de Jérusalem, à avoir un gouvernement indépendant, et reconstruisent le temple de Salomon, qui sera achevé dans la forme qu’on connaît le mieux sous le règne d’Hérode.
 
Normalement, Hérode est contemporain de Jésus-Christ, il est contemporain du point hébreu du calendrier chrétien. Donc, l’aspect actuel, c’est que quand on va à Jérusalem, aujourd’hui, vous avez ici le très célèbre mur des lamentations que vous voyez régulièrement filmé, dont vous entendez régulièrement parler aux informations. Ce mur des lamentations, en fait, c’est la fondation du temple reconstitué par Hérode.
 
Au-dessus, c’est le niveau qui devait être le niveau du premier temple de Salomon, et forcément aussi, du temple reconstitué par Hérode. Et à ce niveau-là, se trouvent aujourd’hui deux mosquées. C’est là qu’on parle de l’esplanade des mosquées. Vous avez ici la mosquée Al-Aqsa et ici la mosquée du sultan Omar, qu’on appelle aussi le Dôme du Rocher. Ce sont donc deux mosquées qui aujourd’hui occupent l’emplacement historique du temple de Salomon.
 
Vous allez comprendre avec la suite. La seconde destruction, c’est lorsque, après Hérode, les Romains vont établir leur domination sur la Palestine, au point d’éliminer la dynastie des Hérodiades. Et donc, évidemment, les Romains n’aiment pas du tout les monothéistes, puisque le monothéisme menace leur religion. Ils sont très tolérants par contre vis-à-vis des autres religions polythéistes. Ils ont autorisé les Égyptiens à continuer à faire fonctionner leur temple comme à l’époque des pharaons.
 
Faut pas croire que les Romains persécutent toutes les religions différentes de la leur. Les Romains sont très tolérants envers les religions polythéistes, et puis même, plus ils ont de Dieu, plus ils sont contents. Donc régulièrement, ils conquièrent un peuple. Quand ils sont arrivés en Gaule, voilà, ils ont pris Cernunnos, ils ont pris Mercure, ils ont pris voilà. Bon, plus ils ont de Dieu, plus ils sont contents. Par contre, là où ça va plus. C’est lorsque on dit non, maintenant, on ne vénérera plus que un seul Dieu qui a tout créé, qui est invisible.
 
Il faut détruire toutes les statues, il faut détruire les temples. Alors là, évidemment, c’est plus acceptable. Et donc les Romains vont évidemment commencer à asservir la population juive qui se révolte. Le tout s’achève par l’expédition de Titus en 70 de l’ère chrétienne, on est un peu après Jésus-Christ, qui non seulement va être à l’origine de la seconde grande destruction et pillage de Jérusalem, et même, et ça, on en a la preuve physique grâce à l’arc de triomphe de Titus sur le forum romain, c’est que le temple d’Hérode est détruit,
 
Et on dit qu’à ce moment-là, le trésor qui datait de Moïse a été rapporté de Palestine jusqu’à Rome. Et là, c’est pour ça que je vous ai reproduit les bas-reliefs qui sont à l’intérieur de l’Arc de Triomphe de Titius, qui est à Rome, qui est en Italie, qui est face au Forum Romain. Là on voit Titius sur son char, qui défile en vainqueur, et sur l’autre face, on reconnaît très bien le chandelier à sept branches, porté par les porteurs de tribus et d’autres portent un hôtel.
 
On ne sait pas lequel, mais en tout cas, on a un hôtel et le chandelier à 7 branches qui sont donc la preuve matérielle que le trésor de Jérusalem avait été pillé et rapporté à Rome. Qu’est-il devenu depuis ? Alors là, il y a une telle littérature, qu’on va encore me faire les bons yeux si je dirais là-dessus, mais en tout cas, on peut aussi bien aller du côté d’Arsène Lupin, que du côté de l’énigme de Rennes-le-Château, que du côté du Da Vinci Code, etc.
 
Parce qu’en fait, ce que l’on sait, c’est que les trésors romains eux-mêmes ont été pillés pour la première fois par les Goths au Vème siècle et les Goths se sont divisés en Ostrogots et Wisigoths répartis entre l’Italie et l’Espagne. Et les Goths généralement avaient des sanctuaires très primitifs, très rustiques qui étaient construits en hauteur, qui étaient dans les montagnes. Donc leurs sanctuaires étaient dans les Alpes et dans les Pyrénées. Donc ils sont passés par ici.
 
Peut-être même que le trésor de Jérusalem est passé par cet emplacement, puisque qu’est-ce qu’ils ont fait des trésors romains, dont le trésor du temple de Jérusalem, après avoir plié Rome et être repartis vers le nord et s’être répartis entre l’Italie du Nord, le sud de la France et le nord de l’Espagne ? Qu’est-ce qu’ils en ont fait ? Alors c’est là où on se dit que quelque part dans les Alpes ou dans les Pyrénées, il y a peut-être. Eh bien, de cacher l’Arche d’Alliance, le chandelier à ses branches, et cetera, et cetera.
 
Donc à partir de là, quand l’abbé Saunière à Rennes-le-Château dans les Pyrénées est devenu immensément riche du jour au lendemain, on s’est dit, ah ça y est, il a trouvé le trésor du temple de Jérusalem. Et puis évidemment, après, il y a une littérature absolument invraisemblable autour de ce que ça a pu devenir. Mais en tout cas, ça reste une épine archéologique, à partir du pillage de Titius, le trésor de Jérusalem est à Rome, après cela, qu’est-il devenu ?
 
C’est là que c’est un mystère. Ce qui est beaucoup moins mystérieux, et rassurez-vous, je vais répondre à votre question. Ce qui est moins mystérieux, c’est ce qui a remplacé le temple de Salomon. Le temple de Salomon a été ruiné par les Romains. Lorsque l’empire romain se convertit au christianisme, on commence à édifier des églises chrétiennes. Et lorsque Jérusalem va être conquise par les musulmans très peu de temps après Mahomet, le calife Omar qui est un des successeurs de Mahomet, va faire de Jérusalem.
 
Le troisième lieu saint de l’islam, après La Mecque et Jérusalem. Justement, essayons de ne plus comprendre tout ça, parce que vous comprenez bien qu’on va bientôt arriver à une confrontation entre le judaïsme et l’islam. Mais tout d’abord, puisque le temple de Jérusalem n’existe plus, puisque ce trésor a disparu, quelles que soient les hypothèses qu’on n’a pu échafauder ensuite sur son emplacement.
 
Ça veut dire que le peuple hébreu, qu’on appelle désormais le peuple juif, n’a plus de terre où il peut exercer librement sa religion. Et va toujours être obligé de demander un refuge auprès d’une autre nation, ce qu’on appelle la diaspora. Et ce que ces cartes représentent, ce sont les premières synagogues de la diaspora. Et donc, c’est là qu’on va pouvoir s’intéresser à l’architecture des synagogues qui, en fait, sont ni plus ni moins qu’une reconstitution plus ou moins transposée du fameux tabernacle de Moïse.
 
Et une réduction du Temple de Jérusalem, mais qu’on ne cherche surtout pas à reconstituer selon la description du livre des Rois, parce que le Temple de Jérusalem l’a détruit, et il ne pourra revivre que lorsque viendra le Messie. Donc la reconstitution du Temple de Jérusalem ce sera justement lorsque s’achèveront les temps cruels, les temps de douleurs que nous connaissons.
 
Il s’agit plus de trouver un point de concentration pour fédérer le peuple juif que véritablement de recourir à une idolâtrie en considérant que Dieu a pris la forme d’un chandelier ou qu’il a pris la forme d’une statue. C’est là que l’Arche d’Aliance va jouer son rôle et qu’on va avoir énormément de rituels autour des rouleaux de la Torah. C’est pour ça que je vous dis qu’on est toujours un peu forcé dans le monothéisme de payer un certain tribut au polythéisme.
 
C’est que même si on dit qu’il n’adorera pas d’idole, et bien puisque Dieu est partout, comment arriver à prier Dieu, comment arriver à discipliner une population réunie dans un même lieu, et bien il faut qu’il y ait un point de repère. Et ce point de repère, ça va être donc les rouleaux de la Torah, qu’on va systématiquement recopier, non pas sous la forme de nos livres reliés à feuilleter, comme ce qu’on trouve en librairie, mais on va conserver la forme du rouleau de parchemin comme dans l’antiquité, il sera inscrit en hébreu et ces rouleaux vont être comme la présence de Dieu, ou plus exactement comme étant vraiment.
 
L’axe vers lequel doivent converger toutes les prières, tous les regards et donc on va reconstituer l’Arche d’Alliance qui va prendre une tournure beaucoup plus symbolique. Les lieux où ça s’est produit, et bien ça a été tout d’abord, d’après les découvertes archéologiques ou d’après des allusions littéraires, même si le bâtiment n’a pas forcément été retrouvé, et bien ça va être évidemment d’abord dans des cités assez proches de la Palestine. Soit à la frontière avec la Syrie, soit du côté de l’Anatolie, comme Antioche.
 
Et puis, de plus en plus, on va avoir une grande concentration dans les lignes portuaires. Pourquoi ? Parce que bien évidemment, les Juifs en pleine diaspora vont beaucoup se réfugier dans le commerce. Et les endroits où ils vont réussir à être tolérés et à pouvoir constituer une sorte de quartier commercial, et bien, très souvent, ça va être dans des villes portuaires autour de la Méditerranée, jusqu’à Ostie qui est le port de Rome. Et donc, voilà à quoi vont ressembler les plus anciennes synagogues qu’on ait pu reconstituer.
 
Un exemple tout à fait extraordinaire, c’est Bura Eurompos, qui est la synagogue, d’une cité à l’exacte limite entre l’Empire romain, un lieu qui n’était plus contrôlé par les persécutions romaines, et l’actuelle Syrie, mais du côté des conquérants successifs qui ont été notamment les Parthes et les Perses. Donc on est à la limite entre l’Empire romain et d’autres empires,
 
Ce qui veut dire que ces communistes juives vont pouvoir se réfugier dans cette zone frontière et construire une synagogue qui est tout à fait unique en son genre. Aujourd’hui c’est une cité dont les ruines sont en plein milieu du désert, mais ce que les archéologues ont trouvé en 1932, là vous avez les photographies d’époque, c’est en fait un modèle tout à fait unique de synagogue qui a été entièrement peinte de fresques de style romain.
 
Et pourquoi je dis que c’est unique ? Parce que dans une synagogue, généralement, on évite de représenter des figures humaines et surtout, à aucun endroit des textes bibliques, on dit « on va représenter Moïse ou la statue de ci ou la peinture de ça ». Normalement, dans les synagogues, pour ne pas être tenté de se tourner vers l’idolâtrie des Grecs et des Romains, on évite de représenter des statues à figure humaine. On va plutôt avoir des objets dont les matériaux précieux vont rappeler le pouvoir de Dieu, comme le sourdelier à cinq branches, comme l’Arche de l’Alliance, etc.
 
Vous avez bien compris qu’on est beaucoup plus dans l’abstraction. Et là, c’est unique. Certainement parce que ce sont des artisans romains qui ont construit et décoré la ville de Dora et Oropos. Et bien, la synagogue est entièrement recouverte de fresques représentant des épisodes bibliques. C’est la plus ancienne Bible illustrée qu’on est dans l’histoire de l’architecture car elle date du 3e siècle, avant même un siècle avant la conversion de l’Empire romain au christianisme.
 
Et donc ça, c’est l’état de la découverte en 1932. Finalement, les conditions de conservation étant très difficiles, toutes les fresques de Doura et Oropos ont été démontées pour être remontées au musée juif de Jérusalem où elles sont exposées à l’heure actuelle, et dont je vous ai apporté plusieurs reproductions. Alors voilà comment se répartissent ces fresques. On a des épisodes bibliques très illustrés, très narratifs, comme on n’en verrait pas dans une synagogue moderne.
 
Et tout cela va encadrer une sorte de petite niche qui est, remarquez-le bien, soutenue par 2 colonnes. 2 colonnes, ça nous rappelle quelque chose. Et le tout va former un tabernacle cintré comme une petite abside. Dans laquelle on va déposer les rouleaux de la Torah qui, bien sûr, ont disparu depuis. Et au-dessus de l’emplacement où on rangeait les rouleaux de la Torah, très certainement il y avait une porte qui fermait et qui a été arrachée.
 
Au-dessus, vous remarquerez qu’on a voulu reconstituer une grande partie de l’architecture du temple et du trésor de Moïse. On reconnaît le chandelier à sept branches. On va reconnaître l’autel de sacrifice, le bassin d’ablution. Et donc, ensuite, je ne détaille pas parce qu’on a l’enfance de Moïse, Moïse traversant la mer Rouge, on a plusieurs figures de prophètes. Donc là, c’est un témoignage tout à fait unique que celui des fresques de Doura et Ourobos, parce que normalement pas du tout canonique pour la tradition biblique, parce que très illustrée, très narrative, mais qui au moins nous donne une idée de la manière dont pouvait…
 
Une synagogue avant même la conversion, avant même la tolérance des Romains envers les chrétiens.
 
Et puis on va retrouver ça et là, parfois seulement le sol d’une ancienne synagogue détruite. Alors c’est comme ça que parfois, notamment beaucoup à l’est de la Méditerranée, on va retrouver des sols de mosaïque. Évidemment, la mosaïque, c’est une technique typiquement romaine qui est pratiquée sur l’ensemble du pourtour méditerranéen. Et on va se rendre compte que là, il y avait une synagogue, tout simplement parce que les mosaïques représentent des symboles typiquement bibliques et non pas ce qu’on trouverait dans l’équivalent gréco-romain.
 
Et aujourd’hui, la plus ancienne synagogue qui ait été retrouvée en Europe et à l’ouest de la Méditerranée, c’est la synagogue du port d’Ostie, qui a probablement été fondée dès la fin du Ier siècle, peu après l’expédition de Titus, et qui a été semble-t-il reconstruite au IVe siècle, avant l’abandon du port d’Ostie. Alors Ostie, c’est une ville assez étonnante, c’est une ville archéologique, parce que Ostia Antica, en tout cas, c’était l’ancien port de Rome. Rome n’est pas au bord de la mer, Rome est alimentée par le Tigre, et en fait donc le port qui était relié à Rome, qui était vraiment au bord de la maison,
 
C’était le port d’Ostie, mais c’est un port qui s’est ensablé. Donc ça a fait qu’il a fallu entièrement reconstruire la ville portuaire plus loin, et donc ce qu’on appelle aujourd’hui “Ostia antica”, c’est la ville portuaire qui a fonctionné à peu près jusqu’au 4ème, 5ème siècle après Jésus-Christ, et qui a été intégralement abandonnée. Ça veut dire que la seule différence avec Pompéi, c’est que’ils ont retiré le mobilier, et on ne trouve pas de cadavres en plein milieu, parce qu’il n’y a pas eu de catastrophe qui a enseveli d’un coup la ville, comme ça n’était pas dans ce pays.
 
Par contre, Ostia Antica, c’est une ville romaine entièrement abandonnée, laissée donc. On a aussi une ville qui est un vrai fossile, une ville fossilisée, très précieuse pour les archéologues. Et c’est là qu’on a retrouvé, à la périphérie de la ville, il faut carrément aller au milieu d’un champ. On a retrouvé, eh bien, une des certainement plus anciennes synagogues qu’on ait retrouvées à l’ouest de la Méditerranée jusqu’à aujourd’hui.
 
On a pu identifier un grand bassin d’ablution, évidemment une grande salle de réunion soutenue par des colonnes à la romaine. Et ici, on a reconstitué ce à quoi devait ressembler l’Arche d’Alliance. Une fois de plus, on insiste sur deux colonnes et on a les Arches d’Absides fermées pour y ranger les rouleaux de la Torah. Et les consoles qui soutenaient le plafond aujourd’hui effondré, eh bien, étaient toutes sculptées de chandeliers à sept branches. Donc, vous comprenez que l’Arche d’Alliance, c’est vraiment ce qui va jouer un rôle crucial dans les synagogues, tandis que le reste de la synagogue,
 
Va avoir une architecture très adaptable, d’une grande souplesse, car au fond il y a relativement peu d’éléments, puisqu’il ne s’agit pas de reconstruire le temple de Salôme, il s’agit uniquement de donner une direction spirituelle. Généralement, on a une grande salle de réunion, souvent de forme parallélupédique, on va séparer les hommes des femmes, donc il y aura le niveau des hommes, généralement il y aura une tribune pour les femmes, et puis tout, et décide à converger vers l’Arche d’Alliance, qui devient ainsi comme la présence de Dieu dans la synagogue.
 
Et donc cette Arche d’Alliance, elle pourra prendre n’importe quelle forme en fonction du pays de l’époque. Volontairement, il y a porté deux petits trésors du musée d’art et d’histoire du judaïsme à Paris, car en provenance de Saint-Paul-trois-Châteaux et en provenance de Modène en Italie. Regardez ici, on a une Arche d’Alliance du 15e siècle avec des inscriptions en hébreu et qui a exactement la forme d’un portail gothique.
 
Esthétiquement, tout est adaptable au pays où on se situe. Une chose extrêmement rare, en Italie, il y avait sans arrêt des alternances entre l’accueil et la persécution des communautés juives, c’était entièrement lié à la situation politique et économique. C’est-à-dire qu’évidemment, les Juifs étant de très bons commerçants, de très bons comptables, des bons médecins, etc. Tantôt on va les protéger pour leurs compétences, on va les installer, etc.
 
Et puis quand ils deviennent un peu trop puissants et qu’il y a une période crise, de nouveau le moindre prétexte provoque une période de persécution et de nouveau la communauté doit fuir. Et là en Italie, très souvent, on va, chose qui n’est pas courante, assister à des exemples d’alliances mobiles. Et si jamais on est persécuté, il faut pouvoir la transporter ailleurs. Et là, on a la plus ancienne alliance sous forme d’armoire qui vont être déplacées.
 
Oui, qu’est-ce qu’il y a ?
 
Qu’est-ce qu’il y a ? Dis-moi, qu’est-ce qu’il y a ?
 
Oui, là je t’entends mieux, vas-y, qu’est-ce qu’il y a ?
 
Demande à Mamie où se trouve déjà le Mas Sali. Le quoi ? Attends, tu es à côté de Mamie ? Non, je ne suis pas à côté de Mamie, qu’est-ce que tu cherches ?
 
Des artistes qu’on avait vu la dernière fois, mais sinon c’est pas grave. Je ne sais pas où elle a pu les mettre. Je t’envoie un message dès que j’arrive à le savoir.
 
très bien.
 
J’ai choisi l’exemple d’une des synagogues historiques du ghetto de Venise. Le terme même de ghetto est apparu à Venise et avec parfois une confusion, c’est qu’en fait initialement, c’était un quartier où il y avait des fonderies. Et en italien, fondre, au sens de fondre du bronze, en fait, se dit « jettale ». Donc ça a été mal interprété, parce que par la suite, on a pensé que c’était le bronze, que c’était en fait pour se débarrasser, pour marginaliser, ce n’est pas tout à fait faux, mais c’est que le mot ghetto venait de « jettale » qui signifie pour traiter les Juifs comme des déchets, des gens qu’on marginalisait.
 
Non, en réalité, jettale, c’est au sens de fondre. Donc ça a donné le mot ghetto, mais évidemment, par la suite, vous savez, la dimension péjorative qui a pu prendre le terme de ghetto. Et tout à l’heure, ce qui m’a un peu fait sourire, c’est que quand je me suis rendu à Saint-Gilles-du-Gard pour le rendez-vous de ce matin, j’ai croisé à Saint-Gilles-du-Gard la rue de la Juiverie. Et donc, dès l’instant que dans un centre-ville historique, vous avez une rue Maujuif ou une rue de la Juiverie, vous savez que c’était l’ancien quartier où on isolait les Juifs du reste de la population.
 
Et donc, la Juiverie, le quartier juif de Venise, c’est le fameux ghetto de Venise, qui existe toujours et se visite. Ce qui a changé, c’est qu’on voit encore l’emplacement, mais on a retiré les deux grandes portes qui fermaient l’ensemble du quartier à la tombée de la nuit. Elles avaient un rôle un peu à double tranchant : d’une part, on protégeait les juifs des persécutions, des attaques des non-juifs en fermant leur quartier, en les surveillant, mais en même temps, ça contribuait aussi à les isoler du reste de la population.
 
Donc vraiment à double tranchant. Et là, une des synagogues historiques des Juifs de Venise, remontant au 16ème siècle, c’est donc la ‘Scuola Grande Tedesca’. Et alors, là où on est vraiment en pleine architecture maniériste. Vous voyez, avec une colonne dorée, avec les triplons verts, les ornements, etc. Et donc, voilà une comparaison entre des rideaux d’Arche d’Alliance de différentes régions du monde où se sont établies des communautés juives, et vous allez voir qu’en fait, à chaque fois, il y a une très grande souplesse d’adaptation à la culture locale.
 
Dans le Piémont, au XVIIIe siècle, vous avez une Arche d’Alliance typiquement rococo italienne, regardez avec les colonnes torses, et oui, toujours les deux colonnes, les deux colonnes du temple de Salomon, qui ont évidemment été reprises dans les symboles maçonniques. Vous voyez là, ce sont vraiment des colonnes torses, l’Arche d’Alliance extrêmement brodée, on a des broderies partout, etc., mais toujours. Des inscriptions en hébreu, qui vont évidemment rappeler l’alliance entre Dieu et son peuple, rappeler la loi de Moïse, parfois représenter les tables cintrées, qui étaient déposées dans l’Arche d’Alliance.
 
Voilà un exemple de l’Italie Rucoco, l’exemple qu’on a au centre, j’apprécie beaucoup cet exemple de la collection Camondo, c’est une Arche d’Alliance qui a été faite avec les techniques des tapis de prière d’Afrique du Nord et de l’Empire Ottoman. En fait, ce qu’on voit ici va servir de transition pour une dernière partie. Ce qu’on voit ici, c’est la forme que l’on trouverait dans une salle de prière de mosquée, un mihrab qui indique la direction de la Mecque et la technique utilisée, avec ces incrustations en étain, en argent, en as sur tissu, etc.
 
C’est vraiment avec la technique et l’esthétique. Des tapis de prière musulmans pour une communauté juive établie dans l’ancien empire ottoman, et bien par contre vous avez le chandelier à sept branches, avec évidemment des inscriptions hébraïques et même des versets de la Bible qui alternent avec les branches du chandelier. Et tout à fait à droite, ça c’est une réalisation très récente, des années 2000, c’est le rideau d’Arche d’Alliance, le rideau d’Arche Sainte qui a été offert au musée.
 
Juives de Shanghai. Là on part en Extrême-Orient, et tout simplement parce que à la fin du XIXe et au début du XXe siècle, lorsque à la fin de la réussite tsariste, il y a eu de très fortes persécutions contre les communautés juives de l’empire russe, un certain nombre de communautés juives se sont réfugiées à Shanghai et, notamment, ils ont joué un rôle très important pour accueillir d’autres communautés juives fuyant les persécutions nazies dans les années 30 et 40.
 
Et donc, ils ont été à l’origine de la fondation d’un musée juif de Shanghai occupant l’emplacement d’une ancienne synagogue. Suite à un rapprochement diplomatique, cette arche d’alliance a été réalisée en 2007, donc elle a moins de 20 ans. On retrouve les deux colonnes, on a des inscriptions en hébreu, et également, ce qu’on trouve très souvent, ce sont des symboles royaux. Pourquoi on a très souvent des couronnes représentées sur les arches d’alliance?
 
C’est parce que c’est pour montrer que la Torah, c’est en quelque sorte le prince des livres. Le livre qui est l’empereur des écritures, si vous voulez. Très souvent aussi, les tables cintrées de Moïse s’accompagnent de symboles royaux. Et là encore, c’est très amusant de voir la comparaison entre les couronnes qu’on trouve plutôt dans les anciennes royautés, les anciens empires et par exemple des tsars ou des turbans que l’on va trouver ou des coupoles qu’on va trouver le plus en Afrique du Nord ou dans l’ancien empire.
 
De les autres architectures ? Alors, rassurez-vous, je n’ai pas perdu de vue. On va arriver, je vous le dis, moi je pensais, je tablais juste sur deux heures, mais là, évidemment, je ne vais pas vous montrer tout ce que j’avais prévu. Ah pardon, c’est une question.
 
C’est le massage des doigts, là, des doigts en anglais comme ça. Paul, ça c’est une explication que j’ai trouvée. D’accord, moi je ne veux pas décevoir ma femme au premier rang, donc je vais l’évoquer en essayant de ne pas trop me fatiguer. En fait, si je vous ai reproduit ici deux aluminium médiéval, dans un temps le livre avec Kali, je pense que je suis sur cette étape-là, pour arriver plus directement, parce que vous allez voir que c’est ce qui va répondre à votre question, pour arriver plus directement au monde musulman, que je n’ai fait pour l’instant qu’effleurer.
 
L’islam, c’est la troisième religion, monothéiste fondée sur les textes bibliques. On ne le rappelle pas assez, évidemment, on le dit très souvent, les journalistes ont tendance à opposer systématiquement juifs, chrétiens et musulmans, alors que toutes ces religions ont en commun le rapport aux textes bibliques.
 
L’islam, évidemment, est fondé par le prophète Mahomet, qui a vécu au début du 7e siècle après Jésus-Christ, donc c’est ce qui correspond en Occident au début du Moyen-Âge. En France, ça correspondrait même au règne du roi Dagobert, c’est vraiment le seul rapprochement qu’on puisse faire entre Mahomet et Dagobert. Donc, on est à l’époque mérovingienne en France, on est donc au tout début du Moyen-Âge, et donc au 7e siècle après Jésus-Christ. Mahomet, c’est quelqu’un qui va d’abord avoir une culture biblique dans des cités commercantes de la péninsule arabique, qui elles ne pratiquent même pas des religions polythéistes, pratiquent plutôt des religions qu’on dit animistes.
 
C’est-à-dire, on va vénérer le feu, on va vénérer la mer, on va vénérer le soleil, la lune, etc. Mais donc, pas du tout de tradition monothéiste en Arabie avant Mahomet. Et donc, au milieu de ces populations d’Arabie, Mahomet, issu d’un clan, d’une famille très aisée, très cultivée de La Mecque, qui a reçu une éducation biblique, va fonder sa propre religion, en professant un Dieu unique, et en rappelant la succession des prophètes, depuis le premier homme, Adam, en passant par Moïse, qui en arabe s’appelle Moussa,
 
En passant par Abraham, qui en arabe s’appelle Ibrahim, etc. Joseph s’appellera Moussa, etc. Donc, on va avoir vraiment l’équivalent des patriarches et des prophètes bibliques, en langue arabe. Jésus est lui-même considéré comme un prophète, on peut le prononcer de différentes manières d’un pays à un autre, souvent on l’appellera Issa dans le Coran, et donc Mahomet va être ce prophète des prophètes qui va enseigner cette nouvelle religion monothéiste.
 
D’abord, en l’enseignant à La Mecque, il y a de grandes hostilités, il est chassé de La Mecque, il manque d’être assassiné, et il se réfugie à Médine, non loin de là. C’est ce qui marque le point zéro du calendrier islamique. C’est l’an 622 après Jésus-Christ du calendrier chrétien, et Mahomet à Médine va pouvoir réunir des fidèles dans une grande maison qui sera considérée comme étant la première mosquée.
 
Et là, exactement comme la synagogue juive ou l’église chrétienne, il va bel et bien s’agir de réunir toute une population. Et de les fédérer autour d’une même croyance, d’un même enseignement. À partir de Médine, Mahomet conquiert la Mecque où il va donc rédiger le Coran, autour de la fameuse Kaaba, qui est évidemment le fameux lieu de pèlerinage de l’islam, mais la vie de Mahomet va s’achever à Jérusalem, où il va monter au ciel à partir d’un rocher,
 
Constitue à l’emplacement qu’on a vu tout à l’heure, à l’emplacement du temple de Salomon. Ce qui montre évidemment à quel point il y a une volonté de raccorder chaque religion monothéiste, et non pas de les opposer. Jérusalem devient le troisième lieu saint de l’islam, et en même temps, ce qu’on appelle la ville trois fois sainte, puisque aussi bien l’objet des pèlerinages juifs, chrétiens et musulmans.
 
Ce qui va vous expliquer, ce fameux dôme du rocher à l’emplacement où Mahomet est monté au ciel, qui désormais remplace le saint des saints, qui remplace en fait le temple de Salomon à Jérusalem. La carte que vous avez ici vous montre l’expansion de l’islam qui a été très rapide. Car Mahomet va au ciel en 632, ça a dix ans seulement, à la dixième année seulement du calendrier des musulmans, du calendrier de l’Égypte.
 
Et vous voyez, entre seulement 632 et 661, les califes, qui étaient les premiers compagnons de Mahomet, parviennent à conquérir la totalité du Moyen-Orient. Et ils vont atteindre l’Espagne dès le début du 8e siècle. Vous connaissez la date de 732 qui vous montre que les armées arabes étaient montées jusqu’à Poitiers à l’époque de Charles Martel au 8e siècle, sont refoulées vers le sud, et donc voilà le premier grand territoire qui va constituer un empire arabe de religion islamique.
 
Et alors?
 
Il nous reste dix minutes. Alors, et vous savez ce qu’on va faire?
 
Je vais insister sur un point qui a beaucoup d’importance selon moi, qui est celui des plans en commun entre les trois religions. Et ensuite, si vous avez des questions, c’est des points sur lesquels vous voulez revenir.
 
Une idée fausse concernant l’islam : « Les musulmans n’ont pas le droit de représenter la figure humaine, l’art musulman n’est pas figuratif. La preuve en images, c’est faux. Là je vous ai montré, je ne détaille pas, tout le monde est arrondi, mais donc. Céramique égyptienne d’époque fatimide, des livres illustrés, donc de la sagesse arabe, de la poésie classique arabe, de Bagdad, etc. Vous voyez bien qu’il y a des représentations humaines.
 
C’est techniquement vrai pour dire que les musulmans n’ont pas le droit de représenter l’être humain. Par contre, on revient toujours à la question de base qui est la question de l’idolâtrie dans les religions monothéistes. Comment arriver à avoir un point de concentration quand on plie Dieu, en devant se prosterner devant une statue, une image, comme le faisaient les Grecs, les Romains, les Égyptiens. C’est toujours la question qui se pose ici. Les Juifs se tournaient vers l’Arche d’alliance, vers quoi vont se tourner les musulmans ?
 
Et donc là, on va relever des décors qui vont tous effectivement avoir un point commun, c’est que ce sont des décors qui reposent sur l’abstraction. Qui ne sont pas narratifs, qu’on peut ranger en 5 catégories et qui sont des décors réservés aux bâtiments religieux. La vraie question, il faut éviter de représenter quelque chose de figuratif, de narratif, dans un bâtiment où on prie, dans un bâtiment religieux.
 
Mais en dehors d’un bâtiment religieux, les musulmans sont tout à fait autorisés à faire des portraits, à peindre des paysages, etc. Ce n’est pas du tout une interdiction fondamentale. C’est lié à la nature même de la prière professée par le Coran. C’est que vous allez comprendre, ce n’est pas dur ce que je rassure. On a compris.
 
Il y a eu une négociation diplomatique.
 
Je vous disais, c’est lié à la nature même de la prière confessée par le Coran. C’est que, si on prend l’exemple de la prière chrétienne, les prières chrétiennes sont très extériorisées, au sens que on va chanter, on va remercier, on va demander une faveur, donc c’est quelque chose qui effectivement nécessite quelque chose. Ce qui explique pourquoi, malgré le “Tu n’adoras pas de dol”, et bien très rapidement, dans l’art chrétien, on va éprouver le besoin de s’appuyer sur quelque chose de visuel, car c’est quand même très difficile d’arriver à s’adresser à quelque chose d’abstrait.
 
La prière musulmane est une prière qui est beaucoup plus intériorisée, et qui demande une grande concentration, et en quelque sorte, une grande introspection. D’où l’idée qu’on ne veut pas représenter, par exemple, des scènes de la vie de Mahomet autour d’une salle de prière, vous ne verrez jamais ça ! Parce que pour eux, la narration, c’est quelque chose qui a tendance à déconcentrer. Et donc on va privilégier le décor abstrait, et pas n’importe quel décor abstrait, des décors abstraits qui sont répétitifs, parce que le point commun de tout ce que vous voyez là, c’est qu’on va beaucoup jouer sur des calculs mathématiques à symétrie centrale, donc chaque forme donne naissance à une autre forme, d’une façon très régulière, très rythmée, très répétitive, ce qui va avoir un effet hypnotique.
 
Qui favorise la concentration, et donc c’est vraiment lié à la nature de la prière, on évite la figuration dans les lieux religieux. Mais ce n’est pas vrai qu’on n’a pas droit à la figuration. Aujourd’hui, les ornements de mosquées, on les classe, dans le cas de l’Alhandra de Grenade, tous sont représentés, donc souvent on l’utilise quand on donne des cours sur l’architecture musulmane. On a des décors géométriques. On a les décors architecturaux, donc répétition de colonnes, de coupoles, de méhram, qui est la forme de l’arche qui indique la direction de La Mecque, etc.
 
Les décors calligraphiques, c’est ce qu’on avait tout à l’heure dans le site de la Dacia, les statues de la Dacia,
 
Avec les statues d’Adatia qui faisaient des vagues comme ça. C’est quand l’écriture prend une forme ornementale, vous voyez. Voilà, on peut dire c’est un peu ce que vous pouvez retrouver sur le site de l’Adatia, le décor calligraphique. Les versets du Coran ou les prières en écriture arabe très stylisée, les végétaux stylisés, énormément, beaucoup de variantes à partir des formes végétales, des fleurs, etc. Et la démultiplication de sections de coupoles, finissant parfois par représenter, par ressembler à de véritables grottes, ce qu’on appelle des “moukaranas”.
 
Donc voilà les cinq types de décors, tous abstraits, répétitifs, favorisant la concentration, que vous trouvez dans une mosquée. Quant au plan de la mosquée, et là rassurez-vous, je vais répondre à vos questions de tout à l’heure, que je n’ai pas oubliées. Le plan de la mosquée, normalement, c’est la première maison où Mahomet a réuni ses fidèles, où il a été écouté, où il a pu donc réunir une population qui a suivi son enseignement.
 
C’est la maison de Mahomet à Médine. Et donc, elle est écrite de la manière suivante : C’était une grande cour, soutenue par des colonnes, simplement un appentis. Faisant le tour de la cour, soutenue par des piliers, et menant à une grande salle, une pièce à livres, menant à une grande salle, et cette salle elle-même étant soutenue par des rangées de colonnes. C’est ce qu’on appelle le plan arabe, le plan le plus répandu des mosquées.
 
On a donc une cour très souvent carrée ou rectangulaire, qui mène à une salle, donc fermée, qui est la salle de prière, soutenue par l’étranger de Pouan, et toujours dirigée vers la Mecque, et donc s’achevant par cette arche qui indique la direction de la Mecque, qui va être vraiment le point de concentration, le point de convergence des musulmans en prière. À la maison, au plan dit de la maison de Mahomet à Médine, on va ajouter quelque chose qui ne vient pas historiquement de Mahomet.
 
On va ajouter des tours, qu’on appelle des minarets. Là, c’est une fonction bien précise, ces minarets vont permettre d’installer en hauteur un muetime qui est en fait le musulman qui appelle la population à la prière et qui va rythmer la journée du musulman, qui va être un vrai point de repère chronologique, car c’est exactement l’équivalent.
 
Des carillons, des clochers. On a des prières qui sont régulièrement réparties dans la journée, cinq prières dans la journée du musulman, et donc en même temps, on les repère dans le temps, et à chaque fois, on va entendre les deux exils qui vont appeler à la prière du haut du minaret. Il peut y avoir un, plusieurs minarets. Ce sont les tours qui vont être ajoutées sur le plan primitif, et c’est ça qu’on appelle le plan arabe. À côté, le plan byzantin avec coupole.
 
Là, ça ne vient plus de la tradition de Mahomet, ça vient de l’argent conquis entre les premiers califes qui ont conquis l’Est de la Méditerranée, et l’Empire Romain d’Orient ou Empire Byzantin. C’est là qu’ils vont découvrir l’architecture à coupoles et qu’ils vont utiliser les coupoles d’abord pour les lieux de pèlerinage, surtout à Jérusalem, que rencontrent les musulmans de la toute fin du 7e siècle, l’époque du calife Omar.
 
Ils vont rencontrer le lieu saint des pèlerinages chrétiens, le Saint-Sépulcre, c’est-à-dire le tombeau du Christ. Le tombeau du Christ est recouvert d’une coupole avec un déambulatoire qui forme un cercle complet pour permettre aux pèlerins de tourner autour du tombeau du Christ. Ils vont répéter ce modèle autour du rocher qu’on aperçoit ici dans la photo. Vous voyez, le sol est vraiment une roche à l’état brut.
 
C’est pour ça qu’on appelle le dôme du rocher, car au centre, c’est vraiment le rocher primitif. Dont on sur lequel Mahomet a pris appui pour monter au ciel et donc retour. Vous voyez, c’est un déambulatoire qui est vraiment destiné à la circulation des pèlerins. Et donc, c’est pas un endroit pour réunir toute la population pour prier. C’est un lieu de pèlerinage. En particulier, une mosquée destinée à jouer un rôle dans la société, à jouer au quotidien dans la société.
 
À partir de là, les décors ont été refaits plusieurs fois au fil des siècles, un dôme plusieurs fois doré, des mosaïques tout à fait extraordinaires, mais le plan est très atypique, car on a vraiment un plan qui s’organise autour d’un cercle, puis de deux octogones imbriqués. Et là, on va de plus en plus se rapprocher d’un point commun avec d’autres coutumes. Et là, tout à l’heure, donc à l’instant, Madame Mahé a mis, mais je ne voulais pas reparler de la symbolique du carré et du cercle.
 
La plus spectaculaire coupole qui était édifiée dans l’Antiquité païenne, c’est le Panthéon de Rome, qui a été édifié à l’ordre de l’empereur Hadrien, et qui était destiné à sa bénéfication, car le but de l’empereur Hadrien, c’était de construire un monument où il allait représenter l’univers tel que le concevaient les Romains,
 
Vous comprenez pourquoi j’ai insisté au départ sur le fait que les maisons des dieux, ça peut être une maison super chic, une grande maison très belle, comme ça peut être la conception que telle population avait du monde, de l’univers, et qu’elle cherche à recréer de manière idéale pour les divinités. Et donc le but, c’était de représenter le ciel tel que le concevaient les Romains, c’est-à-dire évidemment pas du tout le ciel des astronomes modernes, mais une sorte de grosse cloche à fromage, avec la terre qui ne bouge pas et donc une superposition comme ça de bouts célestes parsemées de planètes et d’étoiles en mouvement.
 
Voilà comment les Romains concevaient le monde. Hadrien veut qu’on représente les principaux dieux de la religion romaine. On va voir Jupiter, Jumon, Minerve, Hira, Apollon, etc. Il va y avoir une niche qui sera réservée à sa propre statue, puisque Adrien doit devenir un dieu parmi les dieux et donc relire les dieux de la religion romaine, d’où ce terme de Panthéon, qui est en fait un terme grec et non pas un terme romain.
 
Panthéon, littéralement panthéon, en grec ça signifie tout l’été. Quand on parle du panthéon grec ou pas trop riche, c’est de la religion égyptienne.
 
C’est une création architecturale qui doit représenter l’univers romain, avec leurs principes odieux, que voulait rejoindre la ville. Et là, le coup de génie, qu’on a dit que l’empereur lui-même, peut-être bien conseillé par des bons architectes, des bons techniciens, en tout cas, le coup de génie, c’est que, pour la première fois, il va représenter la. Ça va être un hémisphère parfaite, reposant, vous voyez, sur une forme cynamique.
 
Et si je vous montre une coupe, voilà ce que ça va donner. C’est un monument qui est vraiment, on peut dire, qui va représenter une sphère, tout à fait impeccable sur le plan mathématique. Le seul problème, c’est qu’une voûte en pierre, ça ne bouge pas, alors que le ciel est en mouvement. Comment mettre en mouvement le ciel dont les mouvements planétaires conditionnent la mesure du temps ?
 
L’idée, c’est de percer le sommet de cette demi-sphère. Ce qui veut dire que quand il va pleuvoir, il pleuvra en plein milieu du panthéon romain. Donc à la verticale, il y a une grille avec une couche d’évacuation pour l’écoulement des eaux de pluie. Et pourquoi cette ouverture centrale, qu’on voit bien dans la vue ici, vue d’avion ? C’est sur le modèle des cadreaux solaires.
 
Non pas le cadran solaire qu’on connaît mieux, qui est une tige dont l’ombre est projetée sur des graduations, mais des cadrans solaires concaves, qu’on appelait en grec des scaphés. Donc là où vous avez les exemples typiques, c’était soit des demi-sphères, soit des quarts de sphères, soit des sortes de grandes bassines percées, vous voyez, des calculs, des graduations à l’intérieur, on les maintenait généralement avec une petite fourquine et on les dirigeait par rapport au solaire.
 
L’indication des jours de l’année et des heures de la journée se faisait par la projection par l’œilleton du halo solaire. Ce qui va reproduire le mouvement planétaire du ciel, c’est cette ouverture. En fonction du moment de l’année, du moment de la journée où on sera, la projection du disque solaire sera à différents niveaux, et ça va animer, ça va être comme la mesure du temps, comme les planètes qui tournent autour de la Terre, puisqu’évidemment les Romains partent du géocentrisme.
 
Voilà le modèle, de la coupole, c’est l’idée de représenter la boule céleste, cette idée de reporter une coupole en architecture. Et ensuite, quand on va se tourner vers les savants des religions monothéistes, on va se rendre compte que la conception du ciel n’évoluera pas avant Copernic. On va continuer de penser que la Terre est au centre de l’univers, qu’on a un certain nombre de fèves qui tournent autour et qui notamment donneront leur nom aux 7 jours de la semaine, lundi jour de la Lune, mardi jour de Mars, mercredi jour de Nature, etc.
 
Donc justement, ce sera soit le jour du Seigneur, soit le jour du Sommet. Et là, regardez ce qui est intéressant, on a la même chose, même considération astronomique dans une enluminure chrétienne et une enluminure des musulmans. Regardez son tirant, dans l’Homme chrétienne de la Ligue des propriétés des choses de Barthélémy l’anglais. On a représenté les différentes planètes à la manière des divinités grecques.
 
Pour une religion qui dit « tu n’adoras pas l’idole », c’est quand même. Mais ce n’est pas un paradoxe pour l’homme du Moyen-Âge, parce que l’homme du Moyen-Âge, selon lui, dit que Dieu, le Père ne peut pas se représenter, mais que Dieu s’est incarné dans Jésus-Christ, donc il a pris une forme humaine et que nous, par là même, à travers l’image du Christ, on peut avoir une idée de Dieu. Donc à partir de là, on va de plus en plus tolérer l’idée que revenir à des images et des statues sera acceptable dès l’instant qu’on considère que.
 
C’est la partie qui est la partie terrestre de Dieu éternel. Mais ça n’a pas fait l’unanimité. Dans l’empire romain d’Orient, du côté des actuels pays islamiques, notamment, et dans les régions grecques, il y a eu au 7e, 8e siècle, ce qu’on a appelé la querelle des iconoclastes. Là encore, terme passé dans le langage courant. Qu’est-ce que c’est qu’un iconoclaste ? C’est un briseur d’icônes. En fait, tout simplement, on s’est mis à représenter les Christ, les Vierges Marie, les Saint Georges, les archanges, etc.
 
Et on s’est rendu compte que les gens se comportaient avec ces images exactement comme les Grecs et les Romains se comportaient avec leurs statues, qu’ils les embrassaient, qu’ils s’adressaient à eux comme si c’était véritablement Dieu qui s’était matérialisé devant eux. Et donc là, ça va provoquer une querelle qui va être très violente, puisqu’on va dire : Si on se comporte comme les païens de l’Antiquité, bien il va nous arriver la même chose que les Juifs lorsqu’ils ont été châtiés, emmenés en esclavage à Babylone.
 
On rompt l’alliance avec Dieu, Dieu ne peut pas se représenter, c’est de l’idolâtrie, donc il va y avoir une vraie réaction contre ces statues et ces icônes. Ça va s’achever au VIIIe siècle avec une grande réunion qu’on a appelée le second Concile de Mystée, qui s’est tenu dans la cour Turquie, et qui en fait va réussir à tempérer la controverse en disant : « voilà, il ne faut surtout pas revenir à l’idolâtrie des païens, mais en fait, les icônes sont de bons supports de concentration.
 
Ce n’est pas l’icône qu’il faut vénérer, donc surtout pas l’icône. L’icône doit aider le fidèle à prier Dieu qui seul peut être adoré. Donc on va admettre que l’icône joue un rôle symbolique, mais que évidemment, ce n’est pas l’objet de la prière, l’objet de l’adoration. Et donc à partir de là, les chrétiens d’Orient vont tolérer les représentations religieuses dans la plupart de ces édifices, sans même les démultiplier, mais en mettant toujours un point d’honneur à ne pas les rendre trop réalistes.
 
Vous voyez les icônes grecques, russes, polonaises, la libanaise en fait, n’utilisent pas la perspective qui reviendra dans l’art européen à partir de la Renaissance. Ce sont toujours des corps qui paraissent dématérialisés, parce qu’il s’agit bien de dire voilà, et il ne faut pas rivaliser avec la création de Dieu. Et il ne faut pas non plus prendre modèle sur ce qui provoquait l’idolâtrie des Grecs et des Romains. Donc vous voyez, c’est vraiment par ce truchement qu’on va revenir à l’image dans les édifices religieux, dans le contexte chrétien.
 
Vous voyez ce qui est intéressant ici, c’est que comme les chrétiens partent du principe que Dieu peut se représenter à travers la figure humaine du Christ, ils vont faire le même raisonnement pour les divinités de la mythologie grecque. Ils vont dire, on peut représenter Vénus, on peut représenter Jupiter, et cetera. Ça pose pas de problème dans une nation chrétienne, tout simplement parce que pour eux, ce sont des allégories, donc des concepts que l’on représente sous une forme concrète.
 
Et donc, regardez, c’est quand même incroyable de voir en plein Moyen-Âge, représenté la colline de la porte d’un mur, le dieu marche sous la porte d’un chevalier en armure, Jupiter un roi sur un trône. Vous voyez, c’est vraiment une utopie, vous avez les 12 signes du zodiaque. Par contre, en luminure d’un savant musulman dans l’empire perse, alors là par contre, vous avez un ange,
 
Qui tient les 7 siècles concentriques. Et là, par contre, pas de figure n’est représentée, parce que là, on n’avait pas du tout la même chose, cette même idée que l’on puisse représenter ce qui est au-dessus de la condition humaine et du formel. Vous voyez une sorte de raisonnement. Alors, cela, on va trouver sur l’application de l’architecture, avec les coupoles de l’architecture musulmane. Donc, je vous ai vu comment c’est apparu sur le modèle, donc d’abord découverte du Saint Sépulcre de Jérusalem, et donc on va avoir des coupoles qui en fait vont représenter, vous voyez, un décor purement géométrique.
 
Pas de scène narrative, et cetera. Mais quand on fait le calcul, on se rend compte que tous ces motifs, qui sont soit des végétaux stylisés, soit des décorporés formés avec des divisions géométriques, eh bien, elles se trouvent toutes sur 7 niveaux de niveau. Parce qu’encore une fois, il s’agit de représenter la conception, on a l’est du ciel, et les fameux sept ciels concentriques, contenant chacun une des planètes supposées tournées autour de la Terre, Dieu se trouvant au-delà du 7e siècle, et vous savez que dans les conditions spirituel, on parle aussi de monter au 7e siècle, quand on a vu l’histoire.
 
7e siècle, c’est cela effectivement qu’on a vécu à l’instant.
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